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  • : Chroniques ordinaires d'une militante socialiste rénovatrice de Haute-Garonne.
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On est socialiste à partir du moment où l'on a cessé de dire « bah,  c'est l'ordre des choses et nous n'y changerons rien », à partir du moment où l'on a senti que ce prétendu ordre des choses était en contradiction flagrante avec la volonté de justice, d'égalité et de solidarité qui vit en nous.

Léon Blum

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 21:22
Pourquoi j'étais en grève ce 31 mars et à la manifestation à Toulouse #loitravailnonmerci

Pourquoi j'étais en grève ce 31 mars et à la manifestation à Toulouse #loitravailnonmerci

C'était ce qu'on pourrait appeler "une belle manif", ce matin à Toulouse.

Au delà des classiques batailles de chiffres, tous les observateurs s'accordent pour la qualifier : énorme, foule, du niveau des manifestations retraite de 2003, ont écrit des journalistes.

Vécue de l'intérieur, on y retrouvait aussi tous les signes des fortes mobilisations.

Dans mon entreprise, l'ambiance dans les discussions les jours précédents. L'appel à la grève, par tract commun CGT et FO, fait rarissime, de même que la réservation de bus. Les précédents remontent aux contextes de plans sociaux, ou, peut-être bien, justement, aux manifestations pour les retraites. A Airbus, 70 bus avaient été réservés. Ce n'est certes pas tous les jours.

Dans la manifestation, dès la mise en place à Marengo, à 10h30 précises, déjà beaucoup de monde. La métallurgie était là - la Métallurgie, pour ceux qui ne le savent pas, c'est ici l'aéronautique et l'espace, l'électronique, ou encore l'automobile. Airbus, Airbus Defence & Space, Thalès, CNES, Latécoère, ONERA, Continental, IBM, (ex)Molex,  OTIS, et j'en oublie … avec banderoles ou sans, bien présents. Cela veut dire que le privé était bien là. Et que mes camarades qui comptent, tel Manuel Valls l'imperturbable, ne s'y trompent pas : pour un salarié du privé qui se met en grève pour manifester, combien, à votre avis, d'autres qui ne le font pas, pour diverses raisons que chacun imaginera, mais n'en pensent pas moins ?

En plus du plaisir de revoir les copains des Métaux, plaisir aussi de revoir des drapeaux CFDT - ceux des Conti à Toulouse, qui, eux, ont bien connu ce que référendum et chantage à l'emploi veulent dire. Cela commence à se voir : si la confédération, elle aussi, est droite dans ses bottes, dans les sections, cela remue. (Mémo pour plus tard : en informer Jean-Christophe Cambadélis qui, dans une de ses phrases dont il a le secret, avait dit que le PS suivrait la position de la CFDT.).

Autre plaisir, croiser un certain nombre de socialistes. Ceux qui manifestaient, comme moi, sous les couleurs de leur syndicat. Ceux qui étaient là sans autocollants, citoyens. Ceux qui sont toujours au PS, ceux qui en sont partis. Ceux qui, courageux que je suis allés saluer, affichaient la couleur avec leur banderole "socialistes contre la loi ElKhomri". Tous, déçus et en colère. Bien sûr, dans les discussions de cortège, c'est un poids à porter. Je vous livre mon tacle préféré : "Oui, on a un gouvernement socialiste, mais non pratiquant". No comment.

Alors maintenant ?

Je vais redire ici ce que j'ai déjà dit à la Commission Emploi, en Bureau Fédéral, en Conseil Fédéral #PS31. Non, je ne pense pas que les améliorations que les parlementaires pourront apporter, n'en doutons pas, suffiront à rendre cette saleté de projet acceptable.

Ces améliorations pourront porter sur tel ou tel point du texte. Certains de ces points sont très importants, bien sûr. Mais ce n'est pas seulement une série de points qui pose problème. C'est la logique même qui n'est pas acceptable. On ne peut pas amender une architecture. On ne peut que la refaire.

Les principes sous-jacents étaient au départ biaisés. Licencier plus pour embaucher plus. Mais comment peut-on espérer nous faire gober cette logique Medefienne, qui ne résiste pas aux faits ?!!! Ce qui donne envie d'embaucher, c'est avant tout que le carnet de commande soit rempli, et que la confiance en l'avenir soit suffisante.

Mais bon, ne parlons plus de ça, puisque même la ministre du Travail, en audition devant la Commission des Affaires Sociales, a refusé de dire ce que sa loi créerait comme emplois. (Mémo pour plus tard : en informer Manuel Valls qui s'obstiner à marteler que c'est agir contre le chômage).

Un objectif serait alors de renforcer le dialôôôgue sociaaaal. Ce qui plait à la CFDT et permet à un certain nombre d'élus socialistes de se gargariser avec ce joli mot. Mais de quoi parle-t-on ? J'ai eu la surprise, il y a peu, de découvrir que certains avaient, en toute bonne foi, une idée complément surréaliste des relations dans l'entreprise. Tiens, un exemple tout bête, sur les congés, oui, au final c'est l'employeur qui accepte, ou refuse, les congés. Qui peut fixer unilatéralement les dates de fermeture d'un établissement. La loi offre certaines garanties. Mais non, le salarié n'est pas, généralement, un "collaborateur" libre de discuter ses choix en bonne intelligence avec son patron. Le contrat de travail est une relation de subordination - et c'est en contrepoids que le Code du Travail a été élaboré au fil des ans. Et non, il n'y a pas égalité dans les négociations dans l'entreprise. C'est vraiment ne jamais y avoir mis les pieds que de le prétendre.

Alors, dialogue social, oui. Mais pas en enlevant aux salariés la protection du Code du Travail, pas en les laissant seuls face à leur employeur, et même potentiellement en concurrence avec d'autres salariés de l'entreprise voisine.

La hiérarchie des normes et le principe de faveur sont des piliers de notre droit du travail. S'y attaquer, c'est fragiliser l'édifice, et au bout, les salariés.

Car n'oublions pas ce qui est une évidence pour ceux qui le vivent, mais qui, peut-être, n'est du coup pas assez répété : il y a déjà possibilité de négociation au niveau des entreprises. Simplement, ce qui est négocié localement ne peut être inférieur aux garanties offertes au-dessus (les conventions collectives, la loi). Alors oui, il y a des écarts entre salariés. Ceux des grandes entreprises, aux syndicats implantés, vont avoir un statut social meilleur que ceux des petites, où les salariés sont plus faiblement ou pas du tout représentés. Ceux qui dépendent de la Métallurgie ont plus de chance que ceux qui dépendent du Syntec. Mais c'est un écart par le haut. Et d'ailleurs une manière de tirer vers le haut tout le monde. Ce qu'introduit ce projet de loi, c'est la possibilité d'écarts par le bas. En période de chômage de masse, où le chantage à l'emploi est si facile, quelle bonne idée, vraiment, que de vouloir moins protéger les salariés…!!!

Alors non, cette logique là, non merci. Pas possible. Pas voté et fait campagne pour ça en 2012. Pas acceptable, pas amendable. On arrête, pour repartir sur de bonnes bases.

Mon petit dessin vite fait, qui résumait mon état d'esprit cette veille de manifestation, a eu un certain succès sur les réseaux sociaux. Peut-être parce qu'il résume un sentiment assez partagé sur ce projet de loi.

Parce que sinon, normalement, la gauche,  c'est le progrès social.

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Publié par Marie-Agnès Gandrieau
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