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  • : Chroniques ordinaires d'une militante socialiste rénovatrice de Haute-Garonne.
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On est socialiste à partir du moment où l'on a cessé de dire « bah,  c'est l'ordre des choses et nous n'y changerons rien », à partir du moment où l'on a senti que ce prétendu ordre des choses était en contradiction flagrante avec la volonté de justice, d'égalité et de solidarité qui vit en nous.

Léon Blum

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 12:37

Samedi matin, 10h00, me revoilà installée pour la suite du débat général. Les orateurs du jour sont plus connus, la veille semble déjà comme un apéritif. Bertrand Delanoë est le premier des leaders de motion à intervenir. De son discours, assez classique, j’ai retenu surtout le style, orateur masculin qui hausse le ton et dramatise. Je n’y suis pas très sensible, mais enfin, il parle politique en tout cas. Et à ce stade, les discours sont rassembleurs. A ce moment là, il me semble que la synthèse est possible.
J'écoute attentivement l’intervention d’Arnaud Montebourg. La question sociale, les salaires, la mondialisation, on sait quand même aussi parler du fond à ce congrès. Bon, peut-être ne suis-je pas objective à propos d’Arnaud ? C’est possible, quoique l’amitié et la constance n’empêchent pas la lucidité. Mais enfin, je constate que mes camarades autour de moi, que l’on ne peut soupçonner de cela, apprécient aussi. Encore une tête jeune et brillante que certains ont voulu ne pas laisser dépasser à une époque...
En fin de matinée, nous nous éclipsons en profitant d’interventions moins « importantes » (désolée pour les intervenants moins connus, qui ont tâche bien ingrate, mais on ne peut être partout et le temps est compté), pour une réunion des amis d’Arnaud Montebourg, comme on dit parfois bizarrement. Arnaud nous donne les éléments sur la situation telle qu’elle est à ce moment là, Christian Paul et Cathy donnent leur point de vue. L’ambiance est sérieuse, toujours inquiète, tellement les incertitudes sont grandes. Puis chacun s’exprime, sur la candidature de Martine que tous souhaitent le plus rapidement possible. Nous disons notre souhait de ne pas s’inscrire dans un réducteur ToutSaufSégolène. Nous parlons aussi de notre identité de rénovateurs, de nos idées qui circulent ici et là, de l’avenir… Et voilà que du coup nous ratons quasiment l’heure du déjeuner. Rendez-vous est pris à l’AG de motion du soir, qui sera importante, car les décisions sont loin d’être prises.

Et nous voilà repartis à marcher, le parking, les halls successifs jusqu’au restaurant, pour revenir chercher les tickets repas, et dans l’autre sens vers cet immense hall avec cette enfilade de tables. Un congrès est tout sauf reposant ! On se pose enfin, ouf. Moment de pause, on discute légumes, bons moments de campagne, difficultés de l’engagement. Dans ces périodes physiquement fatigantes et moralement épuisantes, il faut, aussi, savoir couper un peu. Même si, toujours, dans les esprits et dans les discussions, l’avenir du parti et la fin du congrès.

Le samedi après-midi, menu encore plus copieux. Laurent Fabius fut celui qui fut le plus applaudi pour commencer, pour un discours très politique et très clair.
Mais le moment le plus marquant fut l’intervention de Ségolène Royal. Beaucoup a été dit déjà, tant les réactions ont été vives, et la salle, à ce moment, partagée. A sa venue, déjà, et à ses premiers mots, d’un côté des applaudissements, mais aussi comme une crispation, de sa part, et dans la salle. Pour ma part, c’est vraiment là que je me suis dit que oui, deux conceptions différentes du parti et de la politique s’affrontaient finalement. C’est au moins le mérite de ce congrès par ailleurs désolant, que de l’avoir mis clairement en lumière. C’est là aussi, comme beaucoup de camarades présents, et comme beaucoup attentifs devant LCP, que je me suis dit que je ne voudrais pas que Ségolène soit premier sécrétaire. Est-ce être anti-Ségo primaire ? Je ne le crois pas. C’est elle que j’avais choisie parmi les trois candidats, j’ai fait sa campagne autant que possible, je l’ai défendue souvent quand je trouvais qu’elle était injustement attaquée, je ne suis pas en désaccord avec tout ce qu’elle dit, je lui reconnais le mérite d’avoir donné quelques coups de pied salutaires dans la fourmilière. Mais jusqu’ici, elle n’était jamais intervenue devant un congrès. Ce discours était donc important, comme devant représenter, à ses yeux et devant les délégués, sa conception du parti et de la ligne qu’elle voulait proposer. Or, de ligne, point. Et comme conception, un discours au vocabulaire religieux ou mystique. « Vous êtes à la messe ? », voilà les sms que nous recevions d’amis ou camarades devant leur télévision. Franchement, je vous assure que ce fut un choc ! Et après la stupéfaction, j’ai vu dans la salle les réactions choquées, y compris de camarades de la motion E. D’où quelques huées, auxquelles je n’ai pas participé et que je n’approuve pas, d’où qu’elles viennent. Mais il faut comprendre combien pour un militant politique ce discours peut faire réagir. Moi je ne fais pas de la politique pour « partager nos tendresses » ou « nous aimer un petit peu» ! Je ne souhaite pas une démocratie à l’américaine. Et même si j’entends tout à fait que la communication est importante, car bien sûr elle participe aux victoires, si je suis d’accord qu’il faut dépoussiérer le langage politique, sortir des moules anciens, se mettre en phase avec un monde qui change, ouvrir notre parti et y faire venir en masse le peuple de gauche, je suis effrayée de cette dépolitisation du discours, de cette mise en avant de l’affectif, de cette mise en scène où le fond est secondaire. Quant au vocabulaire religieux, devant les délégués d’un parti attaché à la laïcité, j'avoue que j'ai du mal. Voilà pourquoi, si je n’avais pas d’a priori après le vote, comme je l’avais écrit ici, je suis passée à ce moment à un avis plus tranché : c’est une autre conception qu’il faut charger de conduire le parti.

Martine Aubry vers 16H00 était très attendue. Un discours très politique, très ancré sur les questions sociales. Plus classique, certes. Mais ça faisait du bien, je me suis sentie comme lavée politiquement. Un discours de rassemblement pour le parti, aussi, et un discours de combat pour un PS réveillé. Car enfin, on voudrait faire croire ces jours ci que Martine est le vieux parti et Ségolène la modernité. Certes, l’une a été ministre de Jospin, et membre de la direction nationale. Elle a d’ailleurs pris à ce titre sa part de responsabilité. Je trouve que c’est une marque de maturité que de le faire et de reconnaitre des erreurs. Mais l’autre est de la même génération que Fabius, génération Mitterrand, présente au PS depuis lors. Il n’y a pas de honte à cela, mais il faut tout de même dire la vérité. L’intervention de Martine fut très applaudie, standing ovation dirait-on ailleurs.

J’avoue que je fus moins attentive sur la fin des interventions. J’avais besoin d’un bon café pour me remettre. Et c’est Henri Emmanuelli, que je tiens pour un des responsables de ce qui s’est passé au NPS et de ce qui se passe dans la motion Hamon, qui m’a décidée à sortir de la salle. J’ai raté du coup Jean-Christophe Cambadélis, et le début de Vincent Peillon. Vincent Peillon a du talent et de vraies qualités. Et en oubliant certaines "trahisons" pour l’intérêt collectif qui doit nous faire surmonter les rancoeurs, il aurait pu être un premier secrétaire de compromis. Il fut tout de même assez agressif, et c’est dommage, car le moment mérite, aussi, de la sérénité. Je me suis demandé ce qu’il avait pensé du discours de Ségolène, provocation prévue ou de nouveau choix surprenant tous ces proches ?

Du coup, il y avait une sacrée effervescence sous le chapiteau de la motion D. A mon arrivée, tente pleine, on a cru rester dehors. J’ai échappé de justesse à l’écrasement, mais les chaises rempilées à l’intérieur, tout le monde a pu rentrer. Ambiance de plus en plus surchauffée. Les discours du jour tout frais, la candidature de Martine Aubry devenait encore plus souhaitée. Martine ! Martine ! Nous nous fîmes, pour le coup, un peu supporters (c’est dire si nous étions perturbés) scandant son prénom, mais simplement pour lui dire notre estime et notre souhait qu’elle dépose, maintenant, enfin, sa candidature, à nos yeux candidature centrale permettant de rassembler une majorité. Nombreuses interventions, affectueuses et insistantes (certains me comprendront…), toutes dans le même sens. Mais au final, une sorte de déception mélangée de respect. Car elle nous dit qu’elle entend tout cela, mais qu’elle veut donner toutes les chances au rassemblement, et qu’il n’y a aucun préalable, ni sur sa candidature ni sur celle de quelqu’un de la motion D. Nous comprenons que la nuit sera longue et que l’issue est incertaine.

Deuxième soirée en ville, encore des socialistes partout. Les rumeurs circulent. Delanoë aurait en AG de la motion A annoncé qu’il déposait sa candidature. Cela s’avéra vrai. Même si on peut se demander s’il ne l’a pas fait pour couper court à d’autres velléités dans sa motion. Nous surveillons les SMS. Le prochain, dans la nuit, nous annonce que l’AG de la motion D, prévue à 8h00, sera finalement à 9h15. Je m’interroge, est-ce signe que cela va bien ou au contraire que cela va si mal ?

Il faudra pourtant bien attendre le matin.

Suite et fin au prochain épisode…

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Publié par Marie-Agnès Gandrieau - dans Socialiste
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