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  • : Chroniques ordinaires d'une militante socialiste rénovatrice de Haute-Garonne.
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On est socialiste à partir du moment où l'on a cessé de dire « bah,  c'est l'ordre des choses et nous n'y changerons rien », à partir du moment où l'on a senti que ce prétendu ordre des choses était en contradiction flagrante avec la volonté de justice, d'égalité et de solidarité qui vit en nous.

Léon Blum

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 14:33

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Est-il encore possible d'employer le mot "respect" en politique ?

J'ai eu parfois envie de prendre la défense d'Emmanuel Macron. Par exemple quand dès sa nomination certains l'ont résumé à un jeune technocrate ambitieux ancien banquier d'affaire. C'était bien commode. Mais juger quelqu'un apriori en le réduisant à ce qu'il est, quelle tristesse. J'ai trouvé cela aussi stupide que protester quand Louis Gallois a produit son rapport sur l'industrie. On n'est pas obligé d'être d'accord avec ce qu'il a dit, mais on n'est pas obligé non plus de vouloir le pendre haut et court parce qu'il a été patron de la SNCF et CEO d'EADS. Chacun a droit au respect de sa personne et de ses opinions. 

Mais maintenant, le projet de loi Macron, dit "pour la croissance et l'activité" a été présenté en Conseil des Ministres (et publié officiellement avec tout le dossier législatif ici). Nous pouvons donc juger sur les actes.

Et là, je vous l'avoue, je PLEURE. Ou, selon les moments, comme disait Laurence Parisot, je suis FUMASSE. Les deux à la fois probablement.

Car enfin, pour ce qui concerne la partie touchant au droit du travail, quel manque de respect(s).

Le respect de la parole politique, en premier lieu. A un moment où le FN joue sur la désespérance et progresse jusque dans les plus paisibles campagnes, comment peut-on ainsi alimenter la crise politique, le rejet maintes fois exprimé par les citoyens, la décrédibilisation de la parole publique, en défendant aujourd'hui l'exact contraire de ce que nous défendions hier dans l'opposition ?

Certes, le monde change, on peut évoluer, voire même dire que l'on pense s'être trompé, en expliquant pourquoi. Mais pas à ce point faire le grand écart.

Les citoyens ne sont pas idiots, et internet est là pour combler les oublis des mémoires humaines.

Le travail du dimanche n'est qu'un sujet parmi beaucoup d'autres dans ce projet de loi. Il cristallise pourtant l'attention, et le rejet de la plupart des socialistes, ouf. C'est qu'il ne s'agit pas d'une simple mise en cohérence législative ou de quelques élargissements géographiques qui auraient pu être possibles. Non, on le présente comme une "liberté", on nous bassine encore avec le "volontariat", cette construction intellectuelle de gens qui n'ont jamais travaillé dans une entreprise (ou alors comme DRH ou directeur financier!). Présenté ainsi, c'est un symbole envoyé aux libéraux, et Martine Aubry a alors raison de souligner que c'est un choix de société.

Comment alors, sur un tel choix, pourrions-nous changer radicalement d'avis sans ciller ? Des textes ont été ressortis, à raison. Dans ce communiqué 2009 du PS contre le travail du dimanche, rien à redire. Dans cette tribune de 2008, signée par certains des ministres silencieux associés à la présentation Macron-Valls, rien à redire non plus. Les renier, c'est dire aux citoyens que les textes n'engagent que ceux qui ont la faiblesse d'y croire encore. C'est très grave.

Le deuxième sujet qui me chagrine concerne le délit d'entrave. Il s'agit, via l'article 85, de le dépénaliser. Pire, il s'agit d'autoriser le gouvernement à légiférer par ordonnance pour "réviser la nature et le montant des peines et des sanctions applicables en cas d'entrave au fonctionnement des Institutions Représentatives du Personnel". Par ordonnance ! C'est de respect du débat parlementaire qu'il s'agit là d'abord. Quelle est donc l'urgence absolue qui nécessiterait cette procédure sur ce sujet ? Mais là encore, regardons en arrière, et lisons le discours du député Hollande François, en 2005, s'insurgeant entre autres choses contre la modification du droit du travail par ordonnance. Au passage, un savoureux passage sur les seuils sociaux, cette "vieille recette patronale". Respect de la parole publique, en ce lieu sacré de la République. On rirait, si ce n'était pas si triste.

Pour savoir ce qu'il y a derrière cette future ordonnance, il faut aller voir les tomes dits "études d'impact". On y retrouve (au tome 3) les éléments évoqués par François Hollande : il s'agirait de supprimer les peines d'emprisonnement et d'augmenter les sanctions financières. La justification me laisse pantoise. Un premier argument est que les peines de prison sont peu souvent attribuées. Je vois mal en quoi cela justifie de les supprimer. Mais il faut lire la vraie raison : la modification "a vocation à envoyer un signal rassurant aux investisseurs étrangers".

WELCOME MOLEX !!!

Oui, je suis en colère. Oui, je trouve que c'est un manque de respect, pour les salariés qui subissent les conséquences de ses situations, pour les syndicalistes qui se battent avec les quelques armes que le droit leur donne. Oui, je trouve même cela insultant.

J'étais ce jour d'Avril 2010 à cette pesante audience au TGI de Toulouse, alors que des dirigeants de Molex comparaissaient pour entrave (petit rappel ici). Ils furent condamnés à 6 mois avec sursis. Ils ont aujourd'hui retrouvé un travail. Alors que ce n'est pas le cas pour de nombreux salariés de Villemur. Mais au moins, justice a été faite. Sommes-nous en train de dire qu'il faut "envoyer un message rassurant" aux entreprises telles que Molex ? En Haute-Garonne, comme bien au-delà, tous les socialistes, militants et élus, ont soutenu le combat des Molex. J'espère que pas un-e de nos parlementaires n'acceptera de voter cet article.

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Publié par Marie-Agnès Gandrieau - dans Socialiste
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