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  • : Chroniques ordinaires d'une militante socialiste rénovatrice de Haute-Garonne.
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On est socialiste à partir du moment où l'on a cessé de dire « bah,  c'est l'ordre des choses et nous n'y changerons rien », à partir du moment où l'on a senti que ce prétendu ordre des choses était en contradiction flagrante avec la volonté de justice, d'égalité et de solidarité qui vit en nous.

Léon Blum

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 22:12

tortue.jpgIl est tout sauf original, pour un socialiste, de citer Jaurès. Mais j'avoue avoir eu besoin d'un léger réconfort, à force d'entendre ces jours ci les éternels même arguments, à propos du cumul des mandats ou autre évolution visant à la rénovation de nos pratiques politiques.

"L"histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l'invincible espoir." Ouf. Car enfin, de la patience, il en faut tout de même une bonne dose.

Il y a deux semaines, Conseil Fédéral à Toulouse. Très consensuelle pour l'essentiel, sur le bilan très positif des primaires et l'envie de passer à la suite, la réunion s'est animée dès que des camarades ont présenté une motion proposant d'aller plus loin que les règles nationales sur le non cumul des mandats, pour les investitures aux législatives en Haute-Garonne. En entendant un certain nombre d'interventions favorables au mandat parlementaire unique, je me suis dit qu'on avançait, tout de même. Mais à en écouter d'autres, qu'on n'était pas couchés, à ce rythme, grosso modo la rénovation à la vitesse d'une tortue sous lexomil. Car enfin, on a bien le droit d'être défavorable au mandat unique, avec des arguments tout se discute. Mais entendre encore, par exemple, je résume, que le proposer c'est être anti-élus, alors ça, vraiment ! C'est un style d'arguments qui servent à surtout ne rien changer.

Nous les connaissons bien. Il y a le faux raisonnable : ce n'est pas le bon moment, c'est trop tôt, ou bien trop tard pour cette fois, on va risquer la prochaine élection si on fait ça, et comme il y a toujours une prochaine échéance, voilà, dans un siècle ou deux, on sera encore à en discuter. Il y a aussi le culpabilisateur : ouh, pas bien de proposer ça, quelle honte (variante plus aggressive : en citant une similarité avec l'extrême-droite ou au moins le mot démagogique), c'est vraiment la guerre contre les élus / la chasse aux vieux / la mort de l'Europe / limite nationaliste ( pour les débats sur le TCE ou l'élargissement ) / etc, à vous de trouver les autres ... ;-)

Bon, on a compris que les résistances sont toujours nombreuses et organisées. Et qu'il faudra être tenaces longtemps.

Quelques jours après, toujours à propos des investitures bien sûr, bam, même sorte de tollé, après la proposition d'Arnaud Montebourg de limiter l'âge de nos candidats à 67 ans (sa lettre à Martine Aubry est à lire ici). Mais que n'avait-il pas osé dire là !

Là aussi, on a entendu les faux raisonnables et les culpabilisateurs faire feu de tout bois, parfois primairement critiques ou méprisants.

Certains lui ont reproché de faire son intéressant. Je me demande pour ma part à quoi pourrait bien servir un Secrétaire National à la Rénovation silencieux dans ce contexte. Car enfin, lors de la convention Rénovation, votée par les militants socialistes, et qui engage donc le Parti, on avait bien discuté renouvellement et diversité, me semble-t-il ?

Bien sûr, on peut ne pas être d'accord avec cette limite d'âge. Certains ont en débattu sérieusement, par exemple en proposant plutôt une limitation du nombre de mandats dans le temps. Complètement d'accord avec cette proposition aussi. Sauf que, sur ce plan, rien n'avait bougé dans la convention sur la Rénovation, qui a acouché d'une limitation pour les présidents des exécutifs, mais pas pour les parlementaires.

(le rapport d'orientation de la commission Rénovation est consultable ici).

Mais vraiment, est-il raisonnable d'avoir à l'Assemblée une telle proportion de têtes grises, et certaines vraiment très grises, depuis x mandats ? Est-il raisonnable de laisser s'accentuer ce déséquilibre, au lieu de faire appel à la responsabilité de chacun pour tenter de l'atténuer ?

Car les faits sont tétus. On peut discuter des solutions et de leur mise en oeuvre, mais le déni me semble être le signe d'une totale déconnection avec la réalité.

Quelques lectures pour ceux qui en douteraient :

Une analyse du sociologue Louis Chauvel, qui montre l'état de vieillissement de notre Assemblée (merci à Franck). Ou une analyse de Rue 89 sur la crise démocratique.

Toute loi, même la plus juste, comporte ses risques d'effets de bord et d'exceptions. Il est facile de prendre prétexte de quelques détails à la marge pour ne surtout rien envisager de bouger. Mais ça ne résout rien.

A cette occasion, je suis allé revoir les textes des motions du congrès de Dijon, et oui, en 2003. Voilà un extrait de la motion C du NPS (courant d'Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, et Benoit Hamon, je le rappelle pour les jeunes et les oublieux) :

Le mandat national unique
Sans équivalent dans les grandes démocraties modernes, la tradition française du cumul des mandats doit être abandonnée. C'est un préalable. Les mandats nationaux doivent être des mandats uniques et les parlementaires se consacrer pleinement à la tâche pour laquelle ils sont élus. Cette réforme doit s'accompagner du maintien de l'élection dans le cadre d'une circonscription au scrutin majoritaire à deux tours, de l'instauration d'une dose de proportionnelle et d'un statut de l'élu. Enfin, pour assurer le renouvellement constant du personnel politique, les mandats, aussi bien locaux que nationaux, devront être limités dans le temps à la durée de trois mandats identiques consécutifs.

(le texte complet ici, rubrique Les documents).

Qu'on ne nous dise donc pas que sur ces sujets, Arnaud Montebourg, et ceux qui avec lui veulent faire évoluer la politique, sont des impatients, impétueux et intransigeants, incapables du moindre compromis ! Les faits, depuis, démontrent le contraire.

Pendant ce temps, dans l'opinion, émergent sans aucun doute de nouvelles exigences en terme de démocratie. Les idées d'Arnaud Montebourg ont trouvé écho parmi les citoyens. Faut-il être loin des réalités, ou totalement concentré sur la conservation personnelle d'un mandat, pour ne pas s'en rendre compte.

Le Parti Socialiste a, je le crois vraiment, progressé. Et n'oublions pas que nos pratiques démocratiques n'ont rien à voir avec celles de la droite. Mais quel dommage qu'il n'aille pas plus loin, et plus vite. La parité a avancé, attaquons nous donc au renouvellement. Quant à la diversité sociologique, alors là, que de chemins encore à défricher. Ce ne sont pas là de simples règles d'investitures qu'il faut changer, mais tout un tas de principes de fonctionnement qui excluent de fait beaucoup de catégories.

Dans la fable, rien de sert de courir... alors, continuons...

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Publié par Marie-Agnès Gandrieau - dans Rénovation
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commentaires

CécileLM 21/11/2011 12:19


"Je ne vois pas comment permettre l'accès aux responsabilités pour les catégories sociologiquement moins favorisées sans cette éducation populaire à mettre en place au sein du parti."


Tout à fait ! Moi-même agent de l'Etat travaillant (essayant du moins) pour la jeunesse et l'éducation populaire, j'adhère à ce nouveau mouvement s'il essaie aussi d'innover sur l'animation du
débat  politique et de proposer des outils qui permettent l'émancipation des citoyens.

Marie-Agnès Gandrieau 24/11/2011 22:45



Je partage ce besoin, la 6e république pour moi c'est aussi cela. Le référendum sur le TCE a été une bonne démonstration de l'appétit citoyen pour le débat public. Sur des questions qu'on voulait
pourtant faire croire très techniques, des gens de toutes sortes ont finalement pris possession des débats. Et récemment, dans un style moins douloureux, les primaires. Pour l'avenir nous aurons
besoin d'être imaginatifs, et dans ce mouvement de gens qui ont des idées aussi sur ces sujets !


Merci pour le passage jusqu'à ce blog toulousain ...



Patrick Prodhon 21/11/2011 11:54


Arnaud demande la rénovation à corps et à cris depuis des années, et je suis entièrement d'accord avec les changements institutionnels qu'il préconise. Je déplore seulement sa tartufferie sur le
cumul des mandats, au contraire de Ségolène qui, quels que soient les reproches que l'on puisse lui faire, s'est tenue à ce principe.


Quant au développement de la diversité de notre parti, on n'y est pas encore, loin s'en faut. C'est un combat identique à celui de la parité. Je pense qu'on en viendra au même mécanisme, faute
pour le parti de mettre en place les structures et moyens qui permettraient à cette diversité de s'exprimer. Je vise particulièrement notre homogénéité sociologique. Je me souviens des
candidatures au premier secrétariat fédéral en 2008 : un seul de nos camarades (Jean-Georges) avait parlé d'éducation populaire. Je ne vois pas comment permettre l'accès aux responsabilités pour
les catégories sociologiquement moins favorisées sans cette éducation populaire à mettre en place au sein du parti. Nous ne sommes pas près d'avoir un nouveau Bérégovoy.


Et pour la diversité tout court, quel gâchis que cette façon de procéder de la part du bureau national ! Il aurait fallu que Martine et les autres intègrent ces réservations (éventuelles) de
circonscriptions à la diversité dès juin, au moment où les réservations paritaires se sont faites. On aurait peut-être eu plus de circonscriptions réservées, et moins de camarades outrés de ce
procédé in extremis, que certains interprètent comme du verrouillage tardif.


Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'avoir un parti exemplaire. J'attends avec impatience le prochain congrès : il ne suffira pas de piailler "rénovation" sur l'air des
lampions, pour ensuite ne la faire que contraint et forcé.

Marie-Agnès Gandrieau 24/11/2011 22:37



Bonsoir, merci de ton commentaire et pardon d'avoir un peu trainé pour répondre (ça m'a permis de prendre le temps de découvrir ton blog que je suivrai avec intérêt à l'avenir !).


Bon, je te trouve un peu sévère avec Arnaud tout de même ! Ce cumul lui a été beaucoup reproché, et je ne dis pas que c'est la chose qui m'a le plus plu dans son parcours, certes. Cela dit, à
l'époque il s'en était expliqué, publiquement, il avait fait part de son propre débat avant son choix. On peut tout de même reconnaitre que c'est assez difficile d'être parmi le si ridicule % de
députés qui ont ce mandat unique. Quant à 2012, il a été clair, il avait annoncé qu'il ne se représenterait pas, il l'a fait.


Pour le reste d'accord avec ton analyse et oui, pour la diversité à tous les sens du terme, y a du boulot ! Néanmoins un bémol sur la diversité sociologique. Il me semble que ce n'est pas tout à
fait de même nature que pour la question de la parité ou de la diversité (l'autre, si je puis dire). Le problème me semble plus profond. Car être de telle ou telle origine, par exemple, n'empêche
pas, je pense, de militer au sein du PS. La difficulté se pose surtout pour les investitures, dans un parti avec autant d'élus sortants. Alors que, pour un salarié du privé, par exemple, la
question de la participation à la vie du parti se pose d'une manière différente que pour un enseignant, un médecin, ou un assistant parlementaire. C'est donc bien plus profondément, en amont, sur
notre fonctionnement, qu'il faudrait à mon avis agir si on voulait vraiment faire évoluer les choses.


Quant à l'éducation, alors là oui. Ce rôle d'émancipation était autrefois un de ceux des partis et des syndicats. Les syndicats ont encore cette dimension (en tout cas le mien), mais côté
politique il y a beaucoup à retrouver dans ce domaine.


Amitiés, Marie-Agnès



See Mee 18/11/2011 00:51



Je vais faire de mon mieux pour participer aux réunions de montebourgeois, car c'est justement cet esprit de rénovation que j'apprécie, voire que je trouve primordiale. Depuis 2002, je suis
aterrée que la gauche n'ait pas décidé de prendre à bras le corps la question démocratique et lancé une réflexion citoyenne sur la refondation de nos institutions politiques.


Mais il est vrai que j'ai aussi intégré que les partis, si ils ont leurs mauvais côtés, sont indispensables pour se constituer une culture politique (qui me fait cruellement défaud). Le tout est
que cette culture serve vraiment à améliorer son efficience (éviter de répéter les erreurs du passé, sortir de la naïveté et du purisme...).


Merci en tous cas pour ces précisions. :D



See Mee 16/11/2011 23:14



Soutien de Montebourg lors de la primaire, je n'ai jamais participé à une réunion PS... sans doute parce que je craignais que cela se déroule comme vous le décrivez. Pourtant, j'ai envie de faire
de la politique, mais d'en faire sans passer mon temps à assister à des disputes sur des tactiques fort éloignées des enjeux d'aujourd'hui. Merci pour ce témoignage, et peut-être à un de ces
jours, lors d'une réunion du mouvement issu "Des idées et des rêves" ?


(au fait, le lien vers Rue89 est le même que celui qui précède)



Marie-Agnès Gandrieau 17/11/2011 22:31



Merci, et j'ai rectifié le lien, oups. Sur le fond, je crois qu'on peut faire de la politique sans forcément être confronté à ce genre de choses directement. Il y a x manières de s'engager, même
au PS, heureusement. Et en dehors aussi. Ca devient plus compliqué de ce point de vue quand on commence à être "dans l'appareil", quel que soit le niveau. Mais toutes les réunions ne sont pas du
même tonneau. Et si je parle franchement de ce sur quoi je suis critique, je ne voudrais pas qu'on s'arrête à ça. C'est sacrément usant de vouloir faire évoluer une structure de l'intérieur,
c'est vrai. Il y a des moments de colère, de déception, de découragement. Mais, il y a aussi des satisfactions, parfois grandes, et puis, si on n'y est pas, on renonce. S'il n'y avait pas eu des
rénovateurs au sein du PS, pas d'Arnaud ni d'autres, il n'y aurait sans doute jamais eu ce bol d'air des primaires, non ? Il nous faut donc persévérer, et il faudrait même que d'autres nous
rejoignent pour peser différemment à l'avenir. M'enfin, on en reparlera, sans doute un de ces jours, d'une manière ou d'une autre je l'espère.