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  • : Chroniques ordinaires d'une militante socialiste rénovatrice de Haute-Garonne.
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On est socialiste à partir du moment où l'on a cessé de dire « bah,  c'est l'ordre des choses et nous n'y changerons rien », à partir du moment où l'on a senti que ce prétendu ordre des choses était en contradiction flagrante avec la volonté de justice, d'égalité et de solidarité qui vit en nous.

Léon Blum

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 12:21

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Jean-Luc, cher camarade,

Je me décide à prendre la plume, enfin, le clavier, pour te dire ce que j'ai sur le coeur.

Je sais que je prends ainsi le risque de me faire incendier par tout un tas de gens, sincères pour la plupart, au motif que je suis vraiment une indécrottable socialo qui décidemment n'a rien compris, et s'attaque au seul capable de sauver le pays. En résumé.

Etant donné que je me suis déjà fait traiter, dans une instance du PS, de quasi communiste, de plus trop sensible à la voix de mon syndicat, la CGT, un jour où je défendais une motion sur la nationalisation de Florange, ça fera un équilibre.

Car cher camarade, il se trouve que je partage avec toi, et avec d'autres du Front de Gauche, un certain nombre d'idées, en effet. 

C'est pourquoi je t'en veux d'autant plus de la manière, toute personnelle, dont tu les défends.

Je t'en ai voulu de quitter le PS, après toutes ces années, justement au moment où il aurait été bien utile, et possible, de renforcer au contraire ce qu'on appelle par simplification "la gauche du parti". J'ai trouvé d'ailleurs bien commode et quelque peu cavalier que tu partes avec ton mandat de sénateur, qui n'avait été obtenu que par le soutien de l'appareil de ce Parti que tu dénonçais.

Je me suis rendu compte ensuite que les grands écarts ne te faisaient pas peur. Je me souviens de ce jour où je t'ai croisé à Villemur-sur-Tarn, au concert de soutien des Molex. Nous étions là, quelques uns, syndicalistes, politiquement divers, tous blessés par la conclusion de cette lutte difficile. Sans nous connaître, alors qu'on ne t'avait pas spécialement vu là-bas avant, tu as commencé à nous parler, avec vigueur... de la scandaleuse attitude du PS dans la constitution de listes, pour des régionales me semble-t-il. Nous en étions tous génés, je te l'assure.

Je n'ai pas aimé le choix de ce nom "Parti de Gauche", donneur de leçon et récupérateur, plein de mépris pour ceux qui ne sont pas parmi les purs méritant d'être reconnus comme constituant la Gauche, la vraie, la seule, bien sûr.

Pourtant, j'ai suivi avec quelque espoir et une certaine bienveillance ce que devenait le Front de Gauche. Malgré toi, pour la parole qui est portée, pour les convictions que beaucoup de militants que j'estime et respecte défendent avec persévérance. Il n'est pas facile d'être minoritaire, je le sais bien pour le vivre depuis des années au sein de mon parti. Pourtant la Gauche a besoin de toutes ses forces, y compris des minoritaires. Elle a besoin d'être en débats, d'être secouée, de se cogner aux réalités. Elle n'a pas besoin de lorgner vers son centre, mais au contraire d'écouter ce qui se dit sur sa gauche. Ce n'est pas parole d'évangile, et non, je ne suis pas communiste. Mais c'est parole qui compte, qui se soucie de ceux que nous, à gauche, et ensemble, avons vocation à défendre. En ces temps difficiles, ces temps de crise(s) et de déception(s), c'est parole indispensable, je le crois sincèrement.

Mais là, cher camarade, permets moi de te dire que tu prends une pente bien curieuse.

Je n'aime pas qu'on te caricature ou qu'on rebondisse par de petites polémiques sur tes propos. Je ne te pense pas populiste. Et je me souviens trop de la blessure que j'ai ressentie, à entendre dans mon parti accuser de collusion avec le FN ceux d'entre nous qui alors contestaient l'élargissement précipité de l'Europe, par exemple, pour faire de tels amalgames.

Mais j'ai vraiment du mal à accepter ce qui, je pense, n'est qu'une posture. Mais insupportablement dangereuse.

Que tu fasses sentir ta réticence à appeler à voter Hollande au second tour, soit. Mettons cela sur le compte de la déception personnelle. Que tu refuses de participer au gouvernement, admettons. Reconnais qu'il est tout de même plus facile de critiquer de l'extérieur que d'avoir à se salir les mains dans le cambouis avec ceux qui sont aux manettes. Mais passons. Les critiques sont venues, et c'est normal. Que tu y aies ajouté de plus en plus d'agressivité, au point que le Parti Communiste se soit démarqué à plusieurs reprises de tes propos, ça l'est moins. Après l'ère sarkozyste, emplie de tensions et de divisions, avons-nous vraiment besoin de ce climat là ? Je suis d'accord avec toi que "parler dru", comme tu dis, n'est pas un défaut, et qu'au contraire l'abus de cette novlangue technocratique, déconnectée et assoupissante, dont certains responsables politiques usent, est mortifère. Mais parler dru n'est pas agresser en permanence. Et les mots ne sont pas innocents, surtout venant d'un homme comme toi, cultivé et connaissant l'histoire.

Je n'aime pas, mais alors pas du tout, ton "coup de balai" qui se veut purificateur. Je n'aime pas ta manière de surfer sur les mécontentements ni tes tentatives de récupération. Elles pourraient prêter à sourire, ni elles n'étaient pas si dangereuses, dans cette période qui commence à avoir beaucoup de points communs avec les années 30.

Vois-tu, je suis favorable à l'instauration d'une 6e République. Depuis des années, j'ai défendue cette idée, avec un certain Arnaud Montebourg qui en a co-écrit une constitution, et quelques autres, à un moment où c'était assez peu entendu au sein du Parti Socialiste, et où, d'ailleurs, je n'ai pas souvenir de t'avoir, toi, entendu sur le sujet. Autant je me désole que le premier secrétaire d'alors, François Hollande, en ait rejeté l'idée comme le numéro, autant je me réjouis que d'autres partis en promeuvent l'idée, autant je reste plus que perplexe devant ta façon de l'utiliser maintenant. Et tiens, encore une étrangeté : tu nous parles de moralisation, mais tu es opposé à la publication transparente du patrimoine des élus - alors qu'un Charles de Courson accepte de montrer sa déclaration remplie au journal de France2 ?

Alors oui, vraiment je t'en veux, de surjouer les grandes gueules au risque de décourager ceux qui pourtant émettent les mêmes critiques que toi, d'être dans l'aigreur destructrice plutôt que dans la construction, de souffler sur les braises d'une démocratie abimée et d'un pays qui souffre, tout à ta stratégie personnelle, jouant avec le feu.

Voilà, cher camarade, ce que je voulais te dire. C'est peut-être parler un peu dru. Et sans doute dans le vide. Mais au moins, cela m'a soulagée.

Et pour finir, je t'offre cette citation attribuée à Fidel Castro : "Sans le pouvoir, les idéaux ne peuvent être réalisés; avec le pouvoir, ils survivent rarement."

Amitiés socialistes.

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Publié par Marie-Agnès Gandrieau - dans Socialiste
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commentaires

Draginhodoporto 09/04/2013 07:57


Un ressenti partagé et des mots justes

GM19 06/04/2013 19:12


C'est marrant, vous, c'est le vocabulaire et le ton de Mélenchon qui vous rappellent les années 30. Moi, c'est plutôt les expulsions de camps de Roms...

Marie-Agnès Gandrieau 06/04/2013 22:04



Mais relisez ce que j'ai écris, je parle de la "période qui commence à avoir beaucoup de points communs avec les années 30". C'est vous qui faites ce lien avec le vocabulaire et le ton de JLM,
pas moi.