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  • : Chroniques ordinaires d'une militante socialiste rénovatrice de Haute-Garonne.
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On est socialiste à partir du moment où l'on a cessé de dire « bah,  c'est l'ordre des choses et nous n'y changerons rien », à partir du moment où l'on a senti que ce prétendu ordre des choses était en contradiction flagrante avec la volonté de justice, d'égalité et de solidarité qui vit en nous.

Léon Blum

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 08:06

Monsieur le Président,

Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps... (*).

Mais probablement ne la lirez vous pas quoi qu'il en soit. Je ne suis en effet pas très intéressante pour vous. Je fais partie de ces "corps intermédiaires" que vous voudriez contourner et faites huer dans vos meetings. Pire, j'ai des responsabilités à la CGT dont vous détestez tant le drapeau. Je suis par ailleurs une militante socialiste (quelle horreur), et une citoyenne informée qui pense que Médiapart n'est pas une officine et que l'ouverture d'une enquête sur les faits qu'ils rapportent s'impose.

Je tiens malgré tout à vous dire combien, au delà des choix politiques qui nous séparent, je suis vraiment aussi attristée que choquée de la manière dont vous avez conduit votre mandat, et, ces derniers temps, votre campagne.

"La campagne ne justifie pas tout", vous ai-je entendu dire hier. Hélas, si seulement vous vous appliquiez à vous-même les sentences que vous adressez avec aplomb aux autres.

Depuis des mois, vous tentez d'esquiver votre bilan et fuyez vos responsabilités. Vous n'hésitez pas à manier l'approximation, allant souvent jusqu'à accuser vos adversaires de vos propres turpitudes. Vous maniez également le mensonge, effrontément, le niant encore quand des journalistes le mettent en évidence devant vous.

Ce faisant, vous véhiculez une image très négative et dévalorisée de la politique, contribuant ainsi à la crise de la représentation politique que nous vivons, et faisant le jeu de l'extrême droite qui utilise ces comportements comme point d'appui à son discours.

Non content de cela, vous n'avez eu de cesse, durant votre mandat, de diviser le pays, maniant successivement, selon les contextes, toutes sortes d'oppositions entre les gens. Précaires du privé contre fonctionnaires privilégiés, "vrai travail " contre "assistanat", "musulmans d'apparence" contre tous les autres, ..., la liste serait trop longue.

Dans cette campagne que vous avez tirée vers le bas, vous avez choisi de stigmatiser plutôt que de rassembler, de jouer sur les peurs plutôt que de redonner espoir. Vous avez, peu à peu, distillé dans la parole publique, et donc dans la société, tous ces mots qui font écho à ceux du Front National. Depuis le soir du 1er tour, vous avez accentué cette droitisation extrême, en cherchant à récupérer les voix dont vous avez besoin, de la plus grossière des façons. Vous avez franchi une ligne en parlant de Marine Le Pen "compatible avec la République". Vous avez attaqué ainsi les digues républicaines qui demeuraient de vos prédécesseurs, vous attirant d'ailleurs reproches ou prises de distance à droite. Mais le mal était fait.

Le summum est atteint avec votre tentative de récupération du 1er Mai, quand vous organisez une sorte de contre-manifestation que vous avez osé appelé du "vrai travail", avant encore une fois de nier vos propos. Ce procédé provocateur est irresponsable et indigne. Il fait écho à de bien tristes précédents. Car l'histoire nous enseigne que c'est en avril 1941 que les responsables de l'Etat français décidèrent d'institutionaliser le 1er Mai, désignant cette journée comme la "Fête du Travail et de la Concorde Sociale" tout en en modifiant le sens originel.

La fin ne justifie pas les moyens, Monsieur le Président.

J'espère donc vraiment pouvoir vous dire au-revoir le 6 mai au soir.

Dans l'attente, je vous prie de bien vouloir aggréer, Monsieur le Président, l'expression de mes salutations qui auront bien du mal à être respectueuses. Et je m'en vais défiler.



(*) je me permets d'emprunter une phrase à ce magnifique poème de Boris Vian qui m'est venue en tête en vous entendant il y a quelques jours.

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Publié par Marie-Agnès Gandrieau - dans Socialiste
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