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  • : Chroniques ordinaires d'une militante socialiste rénovatrice de Haute-Garonne.
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On est socialiste à partir du moment où l'on a cessé de dire « bah,  c'est l'ordre des choses et nous n'y changerons rien », à partir du moment où l'on a senti que ce prétendu ordre des choses était en contradiction flagrante avec la volonté de justice, d'égalité et de solidarité qui vit en nous.

Léon Blum

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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 17:29

francois-hollande-a-florange-photo-archives-julio-pelaez

Fort heureusement, le buzz est retombé.

Mais puisque c'est la trêve des confiseurs, voilà le moment de revenir sur ce sujet. Au calme.

L'annonce de la candidature d'Edouard Martin comme tête de liste PS de la circonscription Grand Est pour les Européennes m'a laissée pleine de perplexité et de sentiments mélangés.

C'est une satisfaction de penser que la voix d'un syndicaliste, un combattant, un métallo, un ouvrier, devrait, sauf problème, bientôt porter dans une enceinte politique. Et tout particulièrement le Parlement Européen, qui a tant besoin d'entendre parler d'industrie et de droits sociaux. Et qui a sans doute encore plus besoin d'avoir en son sein une diversité de parcours, représentatifs de la société, telle qu'elle est en réalité. Et non telle qu'elle s'apprend entre les bancs de SciencePo et les cabinets ministériels.

Edouard Martin, par ce qu'il est, par ce qu'il a porté, a toute légitimité pour cela. J'ai du respect pour ce que j'ai vu du combat de cet homme. Je sais combien toute lutte est dure. J'ai envie de lui faire confiance pour la volonté que je pense qu'il a de poursuivre autrement son engagement. En aura-t-il les moyens ? Il ne vient pas du sérail. Il n'en a donc pas les codes. Il n'en mesure sans doute pas les pesanteurs. Il ne s'est pas construit pas à pas, par des années de militantisme politique, un positionnement. José Bové, dans un fort intéressant article, dit que le Parlement Européen est un espace qui permet l'expression de ce genre de profil, plus que les parlements nationaux. Mais Bové était à mon avis, dès le départ, un politique avant tout. Pas sûr que le leader syndical soit de la même veine.

L'annonce a déchainé les critiques. Certaines, venant de droite, parfois caricaturales, laissent un arrière goût de mépris. KOA ? Un ouvrier député européen, vous n'êtes pas sérieux mon cher ? Allons, goûtez moi plutôt ce cigare, je les fais venir directement de La Havane par un confrère avocat. Pouf, pouf. Localement, certains ont parlé de trahison. Mais on découvre que le responsable FO qui parle tant envisage de se présenter sur une liste UMP. D'autres disent d'un autre côté être derrière Edouard Martin et fiers qu'il mène ce nouveau combat.

Je me garderai bien de juger à distance. Mais je me doute que les réactions sont contrastées, par expérience. Cela a été le cas lorsque Denis Parise, ex secrétaire du CE de Molex, a été candidat éligible sur la liste de Martin Malvy aux dernières régionales, en 2009. Je me souviens bien du coup de téléphone de Denis avant que la nouvelle ne soit connue. J'ai vu le bruit provoqué par cette décision soudaine. La jalousie, un peu. Il est tout de même assez amusant de constater que, dans la cgt, les camarades du Front de Gauche étaient les plus virulents, et que certains des mêmes ne trouvèrent rien à redire quand Guy Pavan, l'autre "leader charismatique" (oh Guy pardon, je sais que tu n'aimeras pas ça, mais j'ai mis les guillemets tu as vu?) fut candidat sur la liste Front de Gauche. Mais bien sûr, l'un fut élu, l'autre non. Et cette candidature posait légitimement question. Une phase était terminée à Villemur, mais la lutte des Molex n'était pas finie. D'un autre côté, j'ai vu aussi le soutien, la satisfaction, comme si ce combat là trouvait à travers cette candidature un nouveau prolongement, une nouvelle reconnaissance. L'espoir aussi, que cela allait faire bouger des choses, concrètement. Quel bilan finalement ? Denis dit qu'il a eu du mal à trouver ses marques. Chacun se fera son opinion. J'ai la mienne, mais je la garderai pour moi, pour plein de raisons que mes camarades de Haute-Garonne comprendront, je pense.

C'est pourquoi je n'ai pas été surprise de la tonalité des critiques. D'autant plus qu'il y a une grande différence entre Molex et Florange. C'est contre un gouvernement de droite, Estrosi et compagnie, que les reproches des Molex avaient été féroces. Les élus PS, Région, Département, Parlementaires, avaient été là pour soutenir la lutte. Chacun dans son rôle, mais pas de bisbille avec les responsables syndicaux, au contraire. Nous étions dans l'opposition. Alors qu'à Florange, qui a oublié les mots très durs d'Edouard Martin contre le gouvernement, contre François Hollande, contre Jean-Marc Ayrault, qui les trahissaient ? Bien sûr, il n'a pas traité ainsi tout le PS. Il n'a pas tari d'éloges sur l'action d'Arnaud Montebourg. Il a par le passé agi de sorte qu'on ne peut pas douter du fait que ses idées politiques sont proches de celles du PS, en général. Tout de même, cette apparente contradiction participe des critiques.

Mais ce qui me dérange en réalité n'est pas lié à Edouard Martin. Qui n'est qu'un homme, avec ses forces, que je pense grandes, et ses faiblesses, comme tout le monde. Ce qui me dérange est lié à mon parti.

Je passe sur la mascarade des investitures européennes. Car enfin, les militants concernés ont dû se demander pourquoi on les avait fait voter avant. Remarquez, nous, dans le Sud-Ouest, on n'a carrément pas voté, puisque le vote a été suspendu le jour J, en raison des remous créés par le don de la tête de liste à une "femme PRG" (sic). Pas mieux.

Mais surtout, quelle tristesse que de devoir aller chercher, et pour certains brandir comme une sorte de trophée, un Edouard Martin ? Le PS n'est-il pas capable de trouver en son sein ce genre de profils ? Et bien non, il n'en est pas, il n'en est plus capable. On parle de parité, de diversité, mais de diversité sociale, jamais. Pourtant la base militante du PS n'est pas du tout représentative de la société actuelle. Quant aux "cadres" ou aux élus, c'est encore pire. Cela est tellement pregnant qu'on ne s'étonnera pas de la proportion d'assistants parlementaires ou de gens travaillant dans des collectivités territoriales sur une liste, alors que deux personnes notoirement du même syndicat (la cgt, le 1er syndicat du pays, ndlr) est parait-il de nature à la déséquilibrer. Si si, je vous assure ! Je n'ai pas les statistiques nationales, si tant est qu'elles existent, mais il suffit de regarder dans ma Fédération: en section, au sein du Conseil Fédéral, encore pire du Bureau Fédéral, comptons, ne serait-ce que ça, la proportion de salariés du privé... Il faut dire que, dans le fonctionnement du Parti, rien n'est fait pour faciliter la vie des militants qui ont ce profil. Tout conduit à en favoriser d'autres, plus disponibles, présents dans des domaines où ils vont croiser Untel ou Machin à de multiples occasions, suffisamment libres dans leur travail pour pouvoir se libérer dans la journée, en dernière minute... Enfin bref, je m'égare. Mais c'est que ça m'énerve, savez-vous ?!

Alors oui, c'est désolant de devoir aller ainsi "débaucher" des gens, quelles que soient leurs qualités. A mes yeux ce n'est pas un signe d'ouverture d'esprit, c'est un signe de grande faiblesse. Les relations entre syndical et politique sont déjà complexes. Il y a des tensions, de la méfiance, de la suspicion parfois. Je trouve que ce genre de situation ne contribue pas à les apaiser.

Je connais pas mal de militants syndicaux, qui sont engagés dans un parti, PS, PCF, PG, et oui, j'en connais même qui sont à l'UMP. Si demain, quand un jour, ils se présentent à une élection politique, c'est une transition à gérer, mais pas une surprise. Les deux engagements sont deux faces d'une même personne, deux moyens différents, disctincts et complémentaires, d'agir. Mais se retrouver éligible, es qualité, du jour au lendemain, de plus tête de liste dans ce cas, c'est autre chose. Et c'est cela qui pose question.

Alors j'espère, j'espère qu'Edouard Martin sera bien élu, face à Nadine Morano et Florian Philippot, rappelons le. J'espère qu'il gardera sa parole forte, son coeur de métallo, ses réflexes de syndicaliste, et qu'il sera un bon député européen. 

J'espère aussi que le PS comprendra un jour la nécessité de se rénover de l'intérieur, pour ne pas être un astre mort, où rien ne bouge réellement, si ce n'est quelques coups d'éclats, vite éteints par le poids des notabilités et des intérêts de carrière.

C'est le jour, on a le droit de croire au Père Noël.

A lire dans ma blogosphère, des points de vue divers :

Edouard Martin devra s'adapter sans lâcher ses convictions, interview de José Bové

Edouard Martin : après l'acier capitalistique, l'airain de l'oligarchie politique, sur le blog mediapart de Philippe Marlière

Filippeti, Martin, Philippot, le parachustime et les ouvriers, sur le blog de SuperNo (via la revue de blogs de Sarkofrance)

Ces ex-secrétaires de CE surveillent les aides aux entreprises, sur le site de Actuel CE (via Bernard Domergue)

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Publié par Marie-Agnès Gandrieau - dans Socialiste
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