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  • : Chroniques ordinaires d'une militante socialiste rénovatrice de Haute-Garonne.
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On est socialiste à partir du moment où l'on a cessé de dire « bah,  c'est l'ordre des choses et nous n'y changerons rien », à partir du moment où l'on a senti que ce prétendu ordre des choses était en contradiction flagrante avec la volonté de justice, d'égalité et de solidarité qui vit en nous.

Léon Blum

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 10:01

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Aujourd'hui au Sénat est discutée la proposition de loi dite d'amnistie sociale, visant à "amnistier les faits commis à l'occasion de mouvements sociaux et d'activités syndicales ou revendicatives ainsi qu'à l'amnistie des sanctions disciplinaires".

Cette proposition du groupe communiste part d'un assez mauvais pied puisqu'elle a été rejetée en commission. Elle doit de plus surmonter un fort handicap : l'attitude de Jean-Luc Mélenchon. Allez, tant pis, je vais faire bondir les militants du Front de Gauche et un certain nombre de mes amis. Mais j'en ai vraiment assez des invectives, des caricatures et des menaces du camarade Mélenchon. "Ceux qui ne votent pas la loi d'amnistie sociale ne sont pas de gauche", a-t-il dit, entre autres amabilités. Bien sûr, la stratégie est connue et ne date pas d'aujourd'hui ni même d'hier. Du nom du parti à la cravate rouge, tout est fait pour tenter de s'approprier la gauche, la vraie, la pure, celle qui ne se salit surtout pas les mains. Mais à un moment, ça commence à bien faire ! Pourtant, comme beaucoup de socialistes, je partage avec les militants du Front de Gauche un certain nombre de valeurs et d'idées, et sans doutes d'attentes et de déceptions. Mais j'ai aussi des désaccords, ou des choix différents - normal, sinon nous serions tous dans le même parti. Vais-je pour autant les traiter d'abrutis, d'irresponsables ou de traîtres à la cause quand je ne suis pas d'accord avec eux ? Au delà de l'agacement et des tensions que cela génère, c'est complètement contre-productif. Le PCF d'ailleurs ne s'y est pas trompé, lui qui n'est pas sur cette attitude d'agression systématique.

C'est pourquoi je voudrais dire à mes camarades socialistes que j'espère qu'ils passeront au delà de la publicité négative et des oukases pour adopter cette proposition de loi.

Rappelons-nous, pendant la présidence Sarkozy, les organisations syndicales étaient montrées du doigt, l'action revendicative combattue, les syndicalistes fichés, alors que les injustices mettaient tant de gens dans la rue. Dans le cadre de mes responsabilités syndicales, j'ai passé un temps fou dans les tribunaux. Parfois à l'initiative de syndicats attaquant eux-même en justice contre un PSE. Mais trop souvent aussi pour soutenir des camarades traînés individuellement devant un tribunal en tant que représentants d'une action collective. Je ne prendrai qu'un exemple, bien connu ici en Haute-Garonne mais aussi dans tout le pays : Molex, bien sûr, le "cas d'école". Personne n'a oublié les qualificatifs de patrons voyous utilisés contre les dirigeants de Molex (d'ailleurs ensuite condamnés en justice). Personne, je crois, n'a en tête que les Molex, pendant leurs 11 mois de lutte, se sont mal comportés. Et pourtant, plusieurs fois les animateurs du mouvement se sont retrouvés devant les tribunaux.

Une première fois parce qu'il y a eu "séquestration", et oui. Le candidat Poutou avait fait rire les médias avec son fameux "on séquestre en groupe" dans une émission politique. Pourtant c'était alors une réalité dans un certain nombre de conflits. Petit rappel d'un précédent article :

Avril 2009, ça se tend. Coup de colère devant la découverte de la préméditation de la fermeture et de la duplication secrète de l'usine aux Etats-Unis, les dirigeants retenus (en douceur, n'exagérons rien), médiation de la direction du travail, et coup de tonnerre avec l'assignation au Tribunal de Denis Parise, secrétaire du CE, pour séquestration. Molex qui méprisait souvent la loi française n'a d'ailleurs jamais hésité à saisir la justice, parfois de manière inédite, comme en attaquant le cabinet Syndex au motif qu'il mettait trop de temps pour remettre son rapport au CE ! Mobilisation immédiate en soutien, audience marquante où le procureur, fait rare au civil, s'était déplacé en personne pour dire combien était punissable la séquestration, et où Jean-Marc Denjean, avocat du CE de Molex, plaide pour la première fois que les voyous ne sont pas ceux qu'on accuse. Médiation ordonnée en Préfecture le soir même. Atmosphère étrange, séance surréaliste à laquelle j'assiste avec Xavier Petrachi pour les structures départementales et régionales cgt. Marcus Kerriou, dirigeant de Molex, prend une toute petite voix fatiguée mais ne veut rien céder, tellement que le Préfet en vient à s'énerver. Tension palpable sous les ors de la République. Minuit passées à la sortie place Saint-Etienne, plus de métro, une journée éprouvante, comme il y en aura bien d'autres.

Une deuxième fois, pour blocage :

Aout 2009: encore le tribunal, des délégués assignés pour blocage. Les salariés votent la reprise du travail, mais ne pourront plus jamais rentrer dans leur usine, à part pour aller chercher leurs affaires une fois licenciés. Car voilà cette armada de vigiles devant la barrière, qui en empêchent l'entrée. Le motif : quelques oeufs lancés un soir, un coup de colère bien exploité. Pourtant, la justice dira qu'il n'y a pas lieu de fermer, l'inspection du travail fera des constats... Mais si à Freescale le Préfet envoya les CRS contre des salariés en colère, jamais il n'envoya quiconque dégager un accès qui aurait dû rester possible. Pire, en pleine Préfecture, ce sera Molex qui imposera sa  loi, obligeant par exemple l'expert du CE à aller dans une salle voisine.

J'aimerais que ceux qui ont soutenu et encensent encore maintenant le combat des Molex se souviennent aussi de cela.

Alors oui, devant l'injustice et la violence sociale, des gens paisibles et honnêtes, parce qu'ils sont autant déterminés que désespérés, peuvent être conduits à des actions que la loi réprouve. Une amnistie sociale, ce n'est pas passer sur tout, surtout avec une proposition de loi qui peut prendre des précautions dans ce qu'elle amnistie. C'est une manière de marquer une autre vision du mouvement social, qui a ses défauts et ses faiblesses, mais aussi ses honneurs.

Camarades, faites fi de la cravate rouge et des postures politiciennes, votez donc cette loi s'il vous plaît.

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Publié par Marie-Agnès Gandrieau - dans Actions
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