Chroniques ordinaires d'une socialiste de Haute-Garonne.
Voici les résultats du vote en Haute-Garonne, proclamés par Kader Arif, pour une dernière fois, hier soir à la fédération.
Inscrits : 6501
Vote pour le premier secrétaire national :
Votants : 4618 soit 71% de participation
Exprimés : 4507
Martine Aubry : 2368 voix soit 52,5 %
Ségolène Royal : 2139 voix soit 47,5 %
Vote pour le premier secrétaire fédéral :
Votants : 4604 soit 70,8 %
Exprimés : 4366
Sébastien Denard : 2580 voix soit 59,1 %
Elisabeth Ségura : 1786 voix soit 40,9 %
Sébastien Denard est donc notre nouveau premier secrétaire fédéral. Au moins cela est-il certain... Sur ce plan là, la soirée était normale. Pas de tensions perceptibles ni de triomphalisme lors de la proclamation des résultats, et les applaudissements ont salué tous les candidats. Sébastien, dans son intervention, a félicité et remercié Elisabeth Ségura pour la campagne qu’elle avait menée. Il a eu la délicatesse d’avoir une pensée pour Sandra Hébrard. Cela m’a touchée, car moi aussi, comme souvent lors de ce congrès, et notamment à Reims, j’ai pensé à Sandra, à nos tristesses partagées au Mans et à l’énergie qu’elle avait à « ne rien lâcher ». Je sais ne pas être la seule, et j’espère que ses formidables parents seront heureux de savoir que sa mémoire accompagne notre chemin.
Quant au plan national, stupeur et tremblements ! Jamais je n’aurais imaginé une soirée pareille, et surtout une telle gueule de bois au matin.
Moments surréalistes hier soir. En arrivant à la fédération, sans aucune information, les premières tendances donnent Ségolène Royal devant. Je ne sais pas comment tant de camarades ont pu tenir dans le bureau du premier fédéral, mais un monde fou était devant l’écran à voir défiler les résultats du fichier national, au fur et à mesure qu’ils tombaient. A ce moment là, un 52% pour Ségolène circule. Un peu d’abattement et de résignation pour certains, des sourires pour d’autres. Mais pas de tensions, pas deux camps qui s’affrontent, on se parle et on échange les informations. C’est bien normal, mais dans le contexte de ce matin, je préfère le souligner !
Le premier revirement vient un peu plus tard. Arnaud Montebourg au téléphone dit à Cathy Lemorton que ce serait 50/50. On ose à peine y croire. Puis au fil de la soirée, sms et coups de fil se succèdent, au fur et à mesure que les résultats tombent, pour confirmer en effet que Martine Aubry est passée devant. Cela peut paraitre curieux, mais c’est normal : ce n’est pas comme pour les élections politiques avec les estimations à 20 heures, les premiers chiffres ne sont que la collecte des premiers résultats, les « grosses » fédérations mettant plus de temps à dépouiller arrivant ensuite et pouvant modifier de manière significative les résultats. On apprend que ça recompte dans le Nord. Vers 1 heure du matin, cela semble acquis, il est annoncé que Martine Aubry est devant avec 50,5 % . Les sourires changent de visages. Un gros ouf de soulagement pour certains, la déception pour d’autres. Mais pas vraiment de sentiment de victoire, car je crois que chacun mesure déjà la gravité d’une telle situation, et personne n’a envie de s’en réjouir vraiment. Juste avant de partir, on apprend que Manuel Valls vient de faire une déclaration très agressive. Contestant les résultats – bon, cela peut s’entendre, avec un vote aussi serré. Mais avec des mots très durs, parlant de tricheries et de victoire volée. C’est avec une certaine appréhension que nous allons nous coucher.
Ce matin, c’est l’horreur. Surprise, les derniers résultats de Guadeloupe ont réduit encore l’écart, 42 voix annonce la presse. Pas de proclamation des résultats, Ségolène Royal demande à revoter. Les dépêches racontent la folle nuit (par exemple ici) et disent que Martine a appelée Ségolène qui a répondu qu’elle ne se laisserait pas faire. C’est la confusion la plus totale. Les tensions se cristallisent. Le cauchemar continue. Quelle responsabilité pour ceux qui attisent ainsi les braises ! A quoi bon se jeter des tricheries à la figure ? Manuel Valls parle maintenant d’action judiciaire, mais où va-t-on ? A-t-on oublié qu’on est dans le même parti ?
Le bon sens voudrait d’arrêter les frais, et de constituer une équipe dirigeante qui rassemble le parti. Et qu’enfin on puisse se remettre au travail, car il y a urgence.
Un conseil national est annoncé pour mardi soir. D’ici là, nous pauvres militants, nous n'avons plus qu'à ronger notre frein. Restons zen, prenons un peu de recul, parlons-nous et espérons que la raison et le sens des responsabilités finiront par l’emporter.