Chroniques ordinaires d'une socialiste de Haute-Garonne.
Je les ai retenus, parce qu'ils tenaient mon téléphone, que j'ai utilisé illico presto pour appeler celui qui m'avait envoyé ce SMS sur les aveux de Jérôme Cahuzac. Histoire de m'assurer que nous n'étions plus le 1er avril. Mais les bras, à moi aussi, m'en sont moralement tombés. Et les arêtes de ce qui n'était hélas pas un poisson me restent depuis en travers de la gorge.
Mais comment est-ce possible ? Comme beaucoup, je fus d'abord sidérée. Certes, il y avait l'enquête de Médiapart. Mais j'avoue qu'il me semblait tout aussi incroyable que ces journalistes se soient à ce point trompés qu'il me semblait incroyable, et stupide, qu'un ministre affirmant son innocence avec tant d'aplomb puisse ainsi effrontément mentir. L'erreur est humaine, même pour des journalistes sérieux, me disais-je donc à ce stade, mettant mes doutes sur le compte de mon inimitié politique pour la ligne portée par Jérôme Cahuzac.
Avec la sidération vint la colère. Le coup de gueule de Gérard Filoche, empli de rage et d'émotion, reflète bien le sentiment de désarroi et de trahison que, comme beaucoup de socialistes, j'ai ressenti. Tout ce temps, toute cette énergie consacrés à militer et mener campagnes, sans aucun autre intérêt que celui de défendre des convictions, tout cela foulé aux pieds avec le "tous pourris" qui ne manque pas de ressurgir, le discrédit de nouveau jeté sur la parole politique qui n'en avait vraiment pas besoin, le lit des populismes un peu plus creusé.
Loin de moi l'idée d'en rajouter sur l'homme Cahuzac. Je me méfie de ceux qui tirent soudain sur un homme à terre. Comme je regarde avec distance les journaux qui, après avoir ignoré ou critiqué Médiapart, font maintenant des unes indignées.
Pour autant, impossible de ne pas faire preuve de la plus grande sévérité. Comment peut-on faire de la politique en cachant un compte en Suisse ? Comment peut-on être le ministre chargé de lutter contre la fraude fiscale en étant soi-même fraudeur ? Comment peut-on sans honte défendre la rigueur budgétaire pour les autres en ayant son matelas malhonnêtement gonflé ? Comment peut-on ensuite se sentir assez intouchable pour mentir ainsi au risque de se faire prendre le doigt dans le pot de confiture ?
Non, vraiment, je ne digère pas ces manquements. Peut-être est-on plus exigeant quand on est de gauche. Et c'est tant mieux.
"Une faute impardonnable, un outrage fait à la République" a dit François Hollande dans son intervention ce jour, avec l'annonce de quelques mesures de salubrité publique, qui, si elles ne règlent pas toutes les questions, font avancer l'exigence de transparence démocratique.
Certes, on ne peut tout prévenir. Il est aussi injuste de renvoyer tout le monde dans le même sac en ignorant la masse des élus et militants honnêtes, que, par exemple, de vouloir supprimer la sécurité sociale au motif que quelques uns abusent du système. Mais si on ne veut pas revivre un 21 avril 2002, ou pire, il sera aussi essentiel d'apporter des réponses à toutes les questions de principes pour une république exemplaire et rénovée (la sixième?) que d'apporter des solutions à la crise, au chômage et à tout ce qui ronge nos sociétés.
Quelques points de satisfaction surnagent dans ce marasme. Il existe des médias indépendants capables de mener des investigations majeures (merci Mediapart et le Canard Enchaîné). Il existe une justice capable de poursuivre son travail. Et quelques jours après que nous ayons vu certains à droite mettre en cause un juge après la mise en examen d'un Nicolas Sarkozy, on ne peut que le souligner.
A lire aussi sur le sujet : le point de vue d'Anticor.