Chroniques ordinaires d'une socialiste de Haute-Garonne.
Carmaux, place Jean-Jaurès, lundi dernier. J'y étais, pour un meeting en plein air de François Hollande, sous la haute figure de Jaurès. J'aime cette ville où maisons et ruelles sont chargées de l'histoire des luttes des mineurs et où on croit encore entendre la voix de Jaurès. La dernière fois que je m'étais rendue à Carmaux, c'était pour une réunion syndicale Métallurgie Midi-Pyrénées. Nous étions à l'Union Locale qui abrite le syndicat des mineurs. Aux murs, textes et photos rappellent ces combats. Le combat n'est plus, mais cette histoire là est tellement porteuse d'énergie et de forces que j'y puise à chaque fois de nouvelles raisons d'engagements.
De l'engagement, il y en avait ce lundi sur la place noire de monde. Il y avait aussi de la détermination, dans les mots affirmés de François Hollande. De l'espoir, presque palpable dans l'écoute du public bravant l'air frisquet et les grondements d'orage. De l'attente, à l'image de ces moments où, après le meeting, une haie dense s'est formée pour accompagner François Hollande, à pied, puis en voiture. De la simplicité dans ce départ en voiture suivi par une foule bonne enfant et joyeuse dans une petite rue bondée. Tout à l'opposé d'un candidat UMP adepte du bling-blig, qui rencontre des figurants dans ses déplacements ou se réfugie dans un café à Bayonne.
"On va gaaa-gner ! " , "Fran-çois, président ! " , entendait-on.
Oui mais, pourtant, à J-3, rien n'est joué.
Les sondages, vraies analyses ou subtiles manipulations, ne font pas l'élection.
L'abstention estimée est importante à ce jour. Les sondeurs nous parlent des indécis, qui hésitent encore, et des mobiles, qui changent encore de candidat. Ceux là existent bien, nous en avons rencontré dans les discussions de porte-à-porte.
Tout cela ne peut que nous engager à la plus grande prudence, comme à la plus tenace mobilisation.
On a dit de cette campagne qu'elle était inintéressante. Il est vrai que les débats de fond n'ont finalement pas été au niveau de ceux que l'on a suivi au moment des primaires citoyennes. La faute à qui ? Peut-être bien à ce candidat sortant, qui à défaut de bilan présentable tire la campagne vers le caniveau avec agressivité et mauvaise foi et dont la ligne politique s'apparente à celle d'une girouette droitisante. On peut à l'inverse débattre du projet du candidat Hollande, qui l'a exposé au Bourget, a publié ses 60 engagements, a chiffré son programme, et présenté son Agenda du changement pour la première année de mandat. On peut discuter du projet, mais pas nier qu'il est solide et sérieux.
Malgré cette frustration de débat, à défaut d'adversaire à la hauteur, j'ai trouvé cette campagne diverse, animée et joyeuse. En plus des actions traditionnelles, meetings et autres distributions, sont apparues d'autres formes d'actions, ouvertes et variées. Le porte-à-porte, difficile parfois mais passionnant toujours.
Les stands-ups, lancés par Arnaud Montebourg pendant la campagne des primaires, manière de dire que la politique se fait à la rencontre des citoyens, et dont la caravane a repris la route pour François Hollande.
La campagne internet, qui a pris une place importante dans cette élection, du site tradionnel aux riposte party à Paris, et même décentralisée par exemple à Toulouse.
( Quelques images sont dans l'album de campagne 2012. )
Sur tous les terrains, un parti cette fois rassemblé, la même envie de ne pas laisser échapper la victoire. 5 ans, et même 16, que beaucoup attendent cela. Pas le droit de se tromper, après tant d'années de destructions de toutes sortes (à part, naturellement, pour ceux du Fouquet's).
A gauche également, la dynamique est réjouissante.
Philippe Poutou fait entendre sa voix. Je ne partage pas du tout la stratégie politique du NPA. Mais pour moi, Poutou est aussi le syndicaliste de Ford entendu à Villemur à un concert de soutien des Molex. Qu'il soit candidat est une manière de faire partager certaines réalités. Son "on séquestre en groupe" culte pendant "Des Paroles et des Actes" , je le comprends.
Eva Joly, et surtout l'écologie, méritait mieux que cette campagne.C'est certainement une femme courageuse, et bravo pour sa phrase de son dernier meeting hier : «A elle [Marine LePen] et ses partisans, je veux dire que nous sommes chez nous, nous les Françaises et les Français, les métèques venus des quatre coins du monde pour faire France. Nous les Bretons, les Polacks, les portos, nous les ritals et les espingouins, nous les youpins, les nègres, les bougnoules et les Norvégiennes ménopausées, nous sommes chez nous!».
Quant à Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg rappelait récemment notre "cousinage". Entre cousins, si on se chicane, c'est pour rire. Mais contre le méchant voisin, adversaire d'en face, on s'épaule, même si on est pas d'accord sur tout. C'est pourquoi je me réjouis de la progression du Front de Gauche. Puisse-t-elle lui permettre de passer devant le FN d'autant plus dangereux qu'il a été banalisé. C'est pourquoi aussi je me suis toujours refusée à répondre aux attaques contre-productives de certains militants qui me semblent se tromper d'adversaire. C'est toujours unie que la gauche gagne, pas divisée.
Alors maintenant, c'est l'heure du choix.
Je n'aime pas l'expression "vote utile". Tout vote l'est, et tout choix est respectable (enfin, presque - vous me suivez ?). En revanche, j'aime bien l'idée du vote gagnant. Car c'est bien le sujet. Ne nous trompons pas d'élection. La question est : qui peut débarrasser le pays de Nicolas Sarkozy et mettre les idées de gauche au pouvoir ? Je suis convaincue que seul François Hollande en a la capacité. Alors dès dimanche, ni abstention, ni dispersion : assurons le 22 avril le premier pas vers la victoire de toute la gauche le 6 mai.