Chroniques ordinaires d'une socialiste de Haute-Garonne.
De nouveau, un lendemain pesant, de sidération, de rage, de tristesse.
Le coeur en miettes devant tous ces visages de gens dont leurs proches sont sans nouvelles depuis hier soir, qui tournent sur les réseaux sociaux.
Pour les vivants qui affrontent peine et stress, des mots, des dessins, des humains qui se rassemblent dans l'action.
Fluctuat, nec mergitur.
Ecoutons, comme nos coeurs battent.
TOUT HASARD
Cela a pu arriver.
Cela a dû arriver.
Cela est arrivé plus tôt. Plus tard.
Plus près. Plus loin.
Pas à toi.
Tu as survécu, car tu étais le premier.
Tu as survécu, car tu étais le dernier.
Car tu étais seul. Car il y avait des gens.
Car c'était à gauche. Car c'était à droite.
Car tombait la pluie. Car tombait l'ombre.
Car le temps était ensoleillé.
Par bonheur il y avait une forêt.
Par bonheur il n'y avait pas d'arbres.
Par bonheur un rail, un crochet, une poutre, un frein,
un chambranle, un tournant, un millimètre, une seconde.
Par bonheur le rasoir flottait sur l'eau.
Parce que, car, pourtant, malgré.
Que se serait-il passé si la main, le pied,
à un pas, un cheveu
du concours de circonstances.
Tu es encore là? Sorti d'un instant encore entrouvert?
Le filet n'avait qu'une maille et toi tu es passé au travers?
Je ne puis assez m'étonner, me taire.
Ecoute
comme ton coeur me bat vite.
Wislawa Szymborska