Chroniques ordinaires d'une socialiste de Haute-Garonne.
Pendant le congrès, la vie continue, les combats aussi.
Le 6 novembre était jour de vote pour les socialistes. C’était aussi jour de manifestation à Villemur-sur-Tarn contre la fermeture de Molex. La municipalité avait organisé une matinée ville morte, les organisations syndicales une manifestation partant de l’usine où se tenait le premier CE d’information sur la cessation d’activité.
Nous étions donc là, sous nos banderoles, ce matin pluvieux, place Saint-Jean. Le cortège des salariés était parti de l’usine, accompagnant les délégués jusqu’au CE, pour rejoindre le centre ville. Echarpes des élus – Martin Malvy et Pierre Cohen, ainsi que de nombreux parlementaires, conseillers généraux et maires socialistes, avaient notamment fait le déplacement – habitants de Villemur que l’on sentait peu habitués à ce genre de manifestation, délégations syndicales d’autres entreprises ou des unions départementales, tout cela se mélangeait sur la petite place. Un peu de pagaille pour organiser le cortège, certains syndicats venus de l’extérieur se mettant devant les caméras, avant que les salariés de Molex et de Labinal n’arrivent… Au final ce sont 3000 à 4000 personnes qui ont défilé ensemble (voir la dépêche AFP) pour dire non à cette fermeture injustifiée.
Petit moment d’inquiétude : nous avons cru à une blague quand, à l’entrée du vieux pont sur le Tarn, nous avons vu ceux qui étaient devant nous se retourner avec de vigoureux « en arrière ! ». C’est que le pont bougeait sous les pas de la foule ! Drôle d’effet que de voir les gros câbles remuer, et encore plus pour ceux qui, au milieu du pont, l’ont senti se déplacer sous eux ! Pas de panique, la manifestation est bien passée finalement.
Un peu plus loin, devant l’école, une nuée de gamins hauts comme trois pommes derrière les grilles crient de toutes leurs forces que l’usine ne doit pas fermer. C’est dire combien c’est toute une ville qui se sent touchée par cette triste décision.
A l’arrivée, devant l’usine, les discours du maire et de plusieurs élus interpellent les dirigeants de l'entreprise et invitent Nicolas Sarkozy à venir à Villemur, avant d’attendre que les délégués sortent du CE pour une prise de parole. Guy Pavan a redit la colère des salariés et combien incompréhensibles étaient les justifications données en réunion. Il a annoncé que suite à la venue de Bernard Thibault et à l’initiative de la CGT, une délégation des syndicats de Molex serait reçue par Luc Chatel le lundi, aujourd’hui donc.
Les discussions se sont terminées autour des merguez-frites organisées devant l’usine, légèrement pluvieuses mais chaleureuses, et pour quelques uns d’entre nous par le café du réconfort au local cgt.
La manifestation fut donc un succès, mais ce n’est qu’une étape. Tous les axes sont à utiliser : la pression médiatique, les recours de procédure et les expertises, les actions politiques, de toutes sortes, et au plus haut niveau. Rien ne se gagne jamais d’un seul coup, mais il ne faut rien céder - comme le pont, il faut tenir ! C’est bien la décision elle-même qu’il faut contester, et non céder aux sirènes d’une direction sans doute prête à dégager de l’argent pour que le site ferme en douceur.