Chroniques ordinaires d'une socialiste de Haute-Garonne.
"Chacun se souviendra longtemps de cette soirée humiliante et douloureuse du 21 avril 2002".
Ainsi commence le texte de la motion C, intitulée "Pour un nouveau Parti socialiste", et soumise au vote des militants au congrès de Dijon, en mai 2003.
Et en effet, 12 ans après, l'image qui s'est affichée à 20 heures sur l'écran est encore gravée dans ma mémoire, comme dans celle, j'en suis sûre, de beaucoup de gens.
12 ans après, alors que le PS vient de subir une sévère défaite électorale, qu'avons-nous donc, nous socialistes, retenu de tout cela ?
Pour ma part, ce moment fut celui d'une inflexion. Arrivée au PS en 1995, le lendemain de l'élection de Jacques Chirac, sous le coup de la colère et de l'envie d'agir, j'avais alors sagement choisi les motions majoritaires, dans le Parti de Lionel Jospin, puis de François Hollande. Après ce 21 avril là, j'ai fait le choix de la rupture, avec cette motion NPS qui voulait une remise en cause profonde du PS et de ses choix, et pas seulement une reconquête électorale dans la continuité. Je me souviens encore de l'appel dans la presse de ces jeunots qui s'appelaient Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Benoit Hamon, ... Une bouffée d'air frais, l'envie d'ouvrir grand portes et fenêtres. Beaucoup de réflexion, du travail, et un bon score au final, dans la joie et dans l'espoir.
(A ce stade, séquence nostalgie, un coucou amical à celles et ceux qui ont connu ces moments là, et qui j'espère partageront le sourire devant l'écran).

Mais 12 ans après, que de mots prononcés pour convaincre en sections, que de soirées et de week-ends, de congrès plus ou moins pénibles,... pour encore voir devant nous tant à changer. Depuis, Arnaud, Benoit, Vincent, ont été ministres, et c'est tant mieux. Le PS a engagé une certaine rénovation, organisé de belles primaires, commencé à limiter le cumul des mandats. La lutte contre la mondialisation libérale a progressé dans les esprits et s'incarne à Bercy. La réorientation des choix européens apparait de plus en plus comme une nécessité. Mais quelle lenteur ! Quelles pesanteurs ! Que de temps perdu en prudences et timidités, parfois en renoncements.
Il faut beaucoup de patience pour continuer la route. Beaucoup d'aveuglement diront certains. Beaucoup de ténacité jugeront d'autres.
Et puis, n'oublions pas un autre 21 avril, un autre anniversaire dont on peut au contraire marquer la mémoire avec joie. Celui du 21 avril 1944, il y a 70 ans : "Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes". 70 ans, seulement, une longue histoire, et là aussi, encore tant à faire pour l'égalité.
"L'histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l'invincible espoir". Ma citation préférée du grand Jaurès.
