Chroniques ordinaires d'une socialiste de Haute-Garonne.
Il est tout sauf original, pour un socialiste, de citer Jaurès. Mais j'avoue avoir eu besoin d'un léger réconfort, à force d'entendre ces jours ci les éternels même arguments, à propos du cumul des mandats ou autre évolution visant à la rénovation de nos pratiques politiques.
"L"histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l'invincible espoir." Ouf. Car enfin, de la patience, il en faut tout de même une bonne dose.
Il y a deux semaines, Conseil Fédéral à Toulouse. Très consensuelle pour l'essentiel, sur le bilan très positif des primaires et l'envie de passer à la suite, la réunion s'est animée dès que des camarades ont présenté une motion proposant d'aller plus loin que les règles nationales sur le non cumul des mandats, pour les investitures aux législatives en Haute-Garonne. En entendant un certain nombre d'interventions favorables au mandat parlementaire unique, je me suis dit qu'on avançait, tout de même. Mais à en écouter d'autres, qu'on n'était pas couchés, à ce rythme, grosso modo la rénovation à la vitesse d'une tortue sous lexomil. Car enfin, on a bien le droit d'être défavorable au mandat unique, avec des arguments tout se discute. Mais entendre encore, par exemple, je résume, que le proposer c'est être anti-élus, alors ça, vraiment ! C'est un style d'arguments qui servent à surtout ne rien changer.
Nous les connaissons bien. Il y a le faux raisonnable : ce n'est pas le bon moment, c'est trop tôt, ou bien trop tard pour cette fois, on va risquer la prochaine élection si on fait ça, et comme il y a toujours une prochaine échéance, voilà, dans un siècle ou deux, on sera encore à en discuter. Il y a aussi le culpabilisateur : ouh, pas bien de proposer ça, quelle honte (variante plus aggressive : en citant une similarité avec l'extrême-droite ou au moins le mot démagogique), c'est vraiment la guerre contre les élus / la chasse aux vieux / la mort de l'Europe / limite nationaliste ( pour les débats sur le TCE ou l'élargissement ) / etc, à vous de trouver les autres ... ;-)
Bon, on a compris que les résistances sont toujours nombreuses et organisées. Et qu'il faudra être tenaces longtemps.
Quelques jours après, toujours à propos des investitures bien sûr, bam, même sorte de tollé, après la proposition d'Arnaud Montebourg de limiter l'âge de nos candidats à 67 ans (sa lettre à Martine Aubry est à lire ici). Mais que n'avait-il pas osé dire là !
Là aussi, on a entendu les faux raisonnables et les culpabilisateurs faire feu de tout bois, parfois primairement critiques ou méprisants.
Certains lui ont reproché de faire son intéressant. Je me demande pour ma part à quoi pourrait bien servir un Secrétaire National à la Rénovation silencieux dans ce contexte. Car enfin, lors de la convention Rénovation, votée par les militants socialistes, et qui engage donc le Parti, on avait bien discuté renouvellement et diversité, me semble-t-il ?
Bien sûr, on peut ne pas être d'accord avec cette limite d'âge. Certains ont en débattu sérieusement, par exemple en proposant plutôt une limitation du nombre de mandats dans le temps. Complètement d'accord avec cette proposition aussi. Sauf que, sur ce plan, rien n'avait bougé dans la convention sur la Rénovation, qui a acouché d'une limitation pour les présidents des exécutifs, mais pas pour les parlementaires.
(le rapport d'orientation de la commission Rénovation est consultable ici).
Mais vraiment, est-il raisonnable d'avoir à l'Assemblée une telle proportion de têtes grises, et certaines vraiment très grises, depuis x mandats ? Est-il raisonnable de laisser s'accentuer ce déséquilibre, au lieu de faire appel à la responsabilité de chacun pour tenter de l'atténuer ?
Car les faits sont tétus. On peut discuter des solutions et de leur mise en oeuvre, mais le déni me semble être le signe d'une totale déconnection avec la réalité.
Quelques lectures pour ceux qui en douteraient :
Une analyse du sociologue Louis Chauvel, qui montre l'état de vieillissement de notre Assemblée (merci à Franck). Ou une analyse de Rue 89 sur la crise démocratique.
Toute loi, même la plus juste, comporte ses risques d'effets de bord et d'exceptions. Il est facile de prendre prétexte de quelques détails à la marge pour ne surtout rien envisager de bouger. Mais ça ne résout rien.
A cette occasion, je suis allé revoir les textes des motions du congrès de Dijon, et oui, en 2003. Voilà un extrait de la motion C du NPS (courant d'Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, et Benoit Hamon, je le rappelle pour les jeunes et les oublieux) :
Le mandat national unique
Sans équivalent dans les grandes démocraties modernes, la tradition française du cumul des mandats doit être abandonnée. C'est un préalable. Les mandats nationaux doivent être des mandats uniques et les parlementaires se consacrer pleinement à la tâche pour laquelle ils sont élus. Cette réforme doit s'accompagner du maintien de l'élection dans le cadre d'une circonscription au scrutin majoritaire à deux tours, de l'instauration d'une dose de proportionnelle et d'un statut de l'élu. Enfin, pour assurer le renouvellement constant du personnel politique, les mandats, aussi bien locaux que nationaux, devront être limités dans le temps à la durée de trois mandats identiques consécutifs.
(le texte complet ici, rubrique Les documents).
Qu'on ne nous dise donc pas que sur ces sujets, Arnaud Montebourg, et ceux qui avec lui veulent faire évoluer la politique, sont des impatients, impétueux et intransigeants, incapables du moindre compromis ! Les faits, depuis, démontrent le contraire.
Pendant ce temps, dans l'opinion, émergent sans aucun doute de nouvelles exigences en terme de démocratie. Les idées d'Arnaud Montebourg ont trouvé écho parmi les citoyens. Faut-il être loin des réalités, ou totalement concentré sur la conservation personnelle d'un mandat, pour ne pas s'en rendre compte.
Le Parti Socialiste a, je le crois vraiment, progressé. Et n'oublions pas que nos pratiques démocratiques n'ont rien à voir avec celles de la droite. Mais quel dommage qu'il n'aille pas plus loin, et plus vite. La parité a avancé, attaquons nous donc au renouvellement. Quant à la diversité sociologique, alors là, que de chemins encore à défricher. Ce ne sont pas là de simples règles d'investitures qu'il faut changer, mais tout un tas de principes de fonctionnement qui excluent de fait beaucoup de catégories.
Dans la fable, rien de sert de courir... alors, continuons...