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  • : Chroniques ordinaires d'une militante socialiste rénovatrice de Haute-Garonne.
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On est socialiste à partir du moment où l'on a cessé de dire « bah,  c'est l'ordre des choses et nous n'y changerons rien », à partir du moment où l'on a senti que ce prétendu ordre des choses était en contradiction flagrante avec la volonté de justice, d'égalité et de solidarité qui vit en nous.

Léon Blum

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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 17:48

La fermeture programmée de l’usine Molex de Villemur-sur-Tarn est maintenant une nouvelle connue en Haute-Garonne, mais aussi au niveau national puisque les projecteurs ont été braqués sur ce que Bernard Thibault, sur le site jeudi, a appelé « un cas d’école ».

Après une semaine galopante, entre travail (c’est une chance d’en avoir un stable, mais la pression n’en est pas moins là), réunions qui s’enchainent pour le Congrès, et actualité syndicale justement, je n’ai pu trouver de temps pour alimenter ce blog dans la semaine.

Je voudrais donc maintenant revenir sur une situation qui me touche triplement. En tant que citoyenne, comment accepter ces 300 emplois sacrifiés (283 CDI mais aussi des emplois précaires, sans compter l’impact indirect sur des sous-traitants) dans le bassin d’emploi de Villemur si fragile? En tant que militante politique, comment ne pas voir là tout ce que dénoncent ceux qui veulent lutter contre un libéralisme sans foi ni loi ? Et comment ne pas nous interroger, nous socialistes, sur ce que nous n’avons pas fait – et surtout sur ce que nous devrons faire maintenant. En tant que syndicaliste, là il s’agit agir, puisque je suis membre du bureau de l’USTM 31, l’union départementale des syndicats cgt de la métallurgie, qui recouvre l’aéronautique, le spatial, mais aussi l’automobile par exemple.

Le 23 octobre, le message de Guy Pavan, délégué CGT de Molex, tombe sur nos mails, lapidaire et terrible : ils viennent de recevoir les documents préparatoires pour un CE le 6 Novembre, avec à l’ordre du jour la cessation d’activité de Molex SARL. C’est un coup de massue. Les craintes sur l’avenir de l’usine étaient là et s’étaient amplifiées ces derniers temps. Mais de là à cette brutale annonce…

Car cela n’a rien à voir avec les conséquences de la crise qui se profile dans l’automobile. L’entreprise est bénéficiaire : 600 000 euros de bénéfices en 2007, 1,2 millions en 2008, et déjà le premier trimestre 2009 annoncé bénéficiaire (l’entreprise fonctionne sur l’année fiscale américaine qui démarre en juillet). Pour l’avoir visitée en totalité, je peux dire qu’elle n’est en rien vieillotte : elle est remplie de machines ultra-automatisées et flambant neuf ! Des audits faits récemment encore ont été positifs. La fermeture n’est en rien la conséquence d’une baisse de commandes : simplement, la production a été transférée peu à peu dans une usine créée en Slovaquie.

C’est bien ce qui fait froid dans le dos : avec le recul, on se rend compte que cette fermeture semble avoir été méticuleusement et froidement préparée, si ça se fait depuis le rachat il y a 4 ans de l’entreprise, et malgré les discours rassurants. Molex a été dépouillée peu à peu: les brevets, remontés au niveau du groupe, les bureaux d’étude, les services commerciaux. Quand les investissements ne sont plus faits et qu’on ne laisse rien d’autre que la production, il est facile ensuite de couper le lien en délocalisant pour une production à plus bas coûts et de dire qu’on ne trouve pas de repreneur ! Pire, récemment encore un nouveau produit était annoncé pour Villemur comme devant être la « vitrine » de Molex. Il est même annoncé qu’un contrat est passé entre le groupe Molex et un distributeur hollandais qui se chargerait de le vendre largement. Sauf que c’est une sorte de dépôt-vente, Villemur payant la fabrication et le transport, sans savoir quand ce serait vendu et même à quel prix ! Mais bizarrement, quand les salariés regardent dans les camions qui sortent, ils se rendent compte que ce sont les produits courants qui partent. Autrement dit, un stock de précaution est en train d’être constitué ! Et jusqu’à la mise en scène de l’annonce est terrible: la gendarmerie, les huissiers et la cellule psychologique, comme on dit, étaient là le jour de l’annonce aux délégués syndicaux !

Il parait que les dirigeants américains (Molex est un groupe US, détenu à un peu plus de 30% par les fondateurs, le reste par des fonds de pension) ne comprennent pas que ça se passe mal. Il faudrait  que les salariés continuent à travailler normalement jusqu’à la dernière minute et transmettent leur savoir-faire. On croit rêver d’entendre ce que nos camarades nous racontent. Mais ils ont la voix qui se brise et l’émotion qui les submerge parfois. Car ce n’est pas un rêve, mais bien la réalité, dure et cynique.

Pour autant, personne n’a envie de baisser les bras. C’est avec beaucoup de volonté que la résistance s’organise. Les organisations syndicales travaillent ensemble et il y a beaucoup de solidarité parmi les salariés. Y compris avec Labinal, l’autre entreprise du site, qui emploie environ 600 salariés, eux aujourd’hui dans le giron du groupe Safran.

Mardi 28, j’étais donc venue avec plusieurs camarades de l’USTM31 apporter notre soutien au syndicat de Molex, au théâtre de Villemur, archi bondé, pour une réunion publique, organisée par la mairie, où les syndicats ont pu expliquer la situation à la population et faire appel au soutien de tous, y compris des élus. Il y avait beaucoup d’émotion là aussi, et on sentait qu’il fallait que cela sorte. C’est que pour certains, l’usine c’est la vie du village, celle de leur famille. Et 300 familles sur 5000 habitants, c’est énorme. Mais il y avait aussi beaucoup de détermination à ne pas se laisser faire. Guy Pavan l’a bien exprimé : on ne sait pas si on gagnera, a-t-il dit, mais c’est bien contre la fermeture qu’il faut d’abord se battre, en montrant combien elle est injustifiée. Il sera temps, si cela ne réussit pas, de se mobiliser pour que les conséquences des suppressions d’emploi soient le moins dures possible. Toutes les voies sont à utiliser : la mobilisation des salariés et de la population, le soutien politique, la médiatisation, les recours juridiques – les syndicats ont fait appel à un cabinet d’expertise comme dans tout plan social, mais aussi à un avocat reconnu.

Jeudi 30, j’étais à Villemur toute la journée. Le matin pour une réunion exceptionnelle de l’USTM 31, pour analyser la situation avec le syndicat CGT Molex et réfléchir avec nos camarades aux actions possibles.

L’après-midi, parce que nous avions œuvré pour que Bernard Thibault, à Toulouse dans le cadre des Prud’hommes, vienne à Molex apporter le soutien de la CGT et contribuer à médiatiser plus largement la situation. La CGT Molex et Labinal avaient appelé à un débrayage à 15h00 pour l’accueillir. Plein succès, la quasi-totalité des salariés sont sortis, ainsi qu’une centaine de salariés de Labinal. La presse était là, ainsi que des délégations CGT venues en soutien, d’Airbus, Astrium, MicroTurbo, Latécoère, etc.
Pas de cinéma, mais un contact simple, et après les interviews, les photos et les discussions, Bernard Thibault a pris le micro de la petite sono, installée derrière la barrière puisque la presse n’était pas autorisée à entrer (merci à mon camarade Francis pour les photos). Il a dit bien sûr tout le soutien de la CGT et expliqué en quoi c’était un cas typique de la financiarisation dénoncée depuis longtemps. Il s’est surtout engagé à porter le dossier Molex directement à Sarkozy, qui rencontre lundi les confédérations en préparation du G20 sur la crise financière, et à le prendre au mot de ses déclarations sur les licenciements boursiers et les entreprises qui abuseraient de la situation. Forts applaudissements spontanés. Car il faut bien voir que si les délégués syndicaux ont vu les réactions se multiplier, c’était la première fois que sur le site même les salariés entendaient un soutien national ainsi exprimé. Le sentiment de ne pas se battre seuls, c’est déjà important. Thibault a été clair, le résultat est loin d’être garanti. C’est sûr, on connaît la propention de notre hyper-président à parler beaucoup et à agir moins. Nous verrons bien. Mais déjà, l’impact médiatique a été fort. « Le dossier Molex à l’Elysée », titrait la Dépêche le lendemain. Et Laurent Wauquiez interrogé sur la déclaration de Thibault a dit qu’il contacterait le préfet et les syndicats.

Bernard Thibault avait complètement modifié son agenda pour avoir le temps de discuter avec les salariés. Nous voilà donc partis pour une visite de l’usine, atelier après atelier. Moment un peu surréaliste, on avait un peu l’impression que l’usine était propriété des salariés et de la délégation cgt. La direction était avertie, mais invisible. Impressions contrastées : machines toutes propres, salariés « travaillant » ayant repris leur poste (le choix a été fait ne se pas poursuivre la grève générale des 2 premiers jours), expliquant le fonctionnement de ces magnifiques machines avec une certaine fierté. Mais aussi partout affichés les articles de presse, les petits dessins rageurs, les photos des ateliers avec les salariés victimes du 23 octobre. Et partout sur les tableaux officiels, saisissant contraste, ces indicateurs de performance en anglais. Au passage, un jeune intérimaire qui annonce que son contrat qui expirait le soir n’a pas été renouvelé.
Thibault a pris tout le temps, a discuté avec chacun, y compris à la pause café. Ce n’est pas parce que c’est mon syndicat, mais franchement je l’ai trouvé de nouveau impressionnant. C’est un aimant médiatique, c’est sûr. Mais c’est que sa parole est forte, claire, et sa présence à la fois imposante, et toute simple. Drôle d’impression que cette pause café fraternelle (occasion de le remercier pour la dédicace que quelques complices lui avaient demandée pour me souhaiter mon anniversaire en toute discrétion au congrès de Lyon de la Métallurgie…). La gravité n’empêche pas la camaraderie. Et je crois que c’est aussi de soutien moral que les salariés de Molex ont besoin.

Alors justement, le prochain rendez-vous est jeudi prochain 6 novembre, jour du CE. La municipalité organise une matinée « Villemur ville morte ». Les salariés de Molex débrayeront à 9h00 et accompagneront leurs délégués à la réunion du CE. Puis ils rejoindront par le premier pont le centre-ville, où rendez-vous est donné à la population, aux élus, aux délégations syndicales, bref à tous ceux qui veulent apporter leur soutien, à 10h00, place Saint-Jean. La manifestation rejoindra ensuite le site de Molex par l’autre pont, et des prises de parole auront lieu sur place vers midi.

Le jeudi soir, se tenait à la fédé la réunion départementale de présentation des motions. Car la vie continue, et le congrès aussi. Réunion très cadrée statutairement, tout un rituel d’équilibres de parole à respecter. Des intervenants nationaux s’étaient déplacés : Marylise Lebranchu, ancien ministre, Harlem Désir, député européen, David Assouline, sénateur, Christophe Carreshe, député… Et Kader Arif, qui animait en tant que premier secrétaire fédéral, malgré le timing très contraint a accepté de parler de Molex en début de réunion et m’a passé la parole pour un petit point et rappeler la manifestation du 6 novembre auquel la fédération invite à se joindre. Kader a exprimé aux syndicats le soutien du PS. De nombreux élus sont intervenus, par le biais de rencontres, de communiqués, de courriers à Christine Lagarde, à Nicolas Sarkozy, à la direction de Molex. Il faut en effet continuer à maintenir les dirigeants de Molex sous pression. Rien n’est jamais joué d’avance.

Merci à ceux qui ont lu entièrement cet article peut-être un peu long – mais ce n’est pas tous les jours qu’une entreprise de 300 personnes doit fermer ses portes en Haute-Garonne. Et c’est bien par la mobilisation, à tous les niveaux, et sous toutes ses formes, que l’on doit se battre.

Alors rendez-vous nombreux à Villemur, ce jeudi 6 novembre, 10 heures, place Saint-Jean !

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Publié par Marie-Agnès Gandrieau - dans Actions
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commentaires

marie 11/08/2009 15:20

Pourtant, la direction de Molex n'a pas tout perdu. Elle souligne que la justice, dans son ordonnance en référé, a aussi ordonné aux représentants du personnel de faire «cesser les entraves à la liberté du travail». Et «ordonne en conséquence l'expulsion immédiate et sans délai, y compris avec le concours de la force publique si besoin est, de toute personne perturbant les accès aux entrées et sorties du site». En clair, cela signifie que les salariés en grève ne pourront pas non plus bloquer l'usine